L’industrie musicale en Guinée a connu de beaux jours, notamment grâce à la volonté politique post-colonialiste de préserver les arts traditionnels.

Sékou Touré, premier président de la Guinée indépendante en 1958 et chantre du mouvement « authenticité », a mis en œuvre une politique culturelle radicale visant à revitaliser les arts guinéens : alors que les groupes jouaient principalement de la musique cubaine et française, Sékou Touré imposa par décret la création d’un style musical guinéen inédit et moderne.

Des musiciens comme Balla Onivogui, Keletigui Traoré, Momo Wandel et Kerfala Papa Diabaté, ont ainsi bénéficié d’un programme d’apprentissage et de la formation de nouveaux orchestres.

Dans le cadre du programme « authenticité », chaque région de Guinée, soit 34 au total, a constitué une troupe artistique avec un orchestre de musique traditionnelle, un chœur et un groupe de théâtre.

Le gouvernement a largement financé cet essor culturel en équipant les musiciens d’instruments, et en les incitant à composer sur les thèmes du nationalisme africain, de l’anticolonialisme et de l’anti-impérialisme.

Au début des années 1960, le programme d’authenticité était en plein essor : les orchestres régionaux, appelés orchestres fédéraux, et les orchestres nationaux de Guinée, ont constitué l’avant-garde de la production musicale en Afrique.

La maison de disques Syliphone a ainsi produit pas moins de 160 vinyles entre 1967 et 1984, avec de grands artistes comme Sékou « Diamond Fingers » Diabaté, Demba Camara, Kouyaté Sory Kandia. C’est aujourd’hui la société Sterns Music qui diffuse ce catalogue, à la richesse culturelle née d’une volonté de politique musicale radicale.

L’engagement politique en faveur de la musique s’est largement estompé, et les artistes sont aujourd’hui également les principaux acteurs de l’industrie musicale : l’autoproduction domine et maisons de disques et studios guinéens sont souvent issus des investissements des musiciens eux-mêmes.

Autoproduction et labels étrangers

Dans les années 1990, les rappeurs, porteurs d’une forme d’expression nouvelle, ont ainsi eu recours à leurs propres moyens pour éditer leurs productions. Le groupe Kill Point a fondé la première structure de rap guinéen, Kill Point Production.

De même, Instinct Killers s’est pourvu de la maison Meurs libre Prod, et Lord Kemy a créé le label Leg Def Produkt, en référence à son groupe Leg Def. Cependant, ces sociétés ne sont majoritairement destinées qu’à une production de leurs propres albums.

Nombre d’artistes guinéens sont ainsi signés à l’étranger. Une fois leur renommée installée, ils ont l’opportunité de retourner sur leurs terres pour participer au développement de l’industrie musicale en ouvrant les structures appropriées.

Ainsi, Kandia Kora, fils du directeur artistique de l’Ensemble Symphonique Traditionnel National de la République de Guinée Mbady Kouyaté, a sorti son premier album La Guinée (2009) sous le label du chanteur, guitariste, compositeur et producteur de la scène underground libanaise Zeid Hamdan, Lebanese Underground.

Un paradoxe certain qui a incité l’artiste à fonder le label Kanpony Production en 2014, dont le siège est cependant non en Guinée, mais à Amsterdam.

Fode Baro, auteur du célèbre titre afro-zouk « Yirikikiki », a suivi une trajectoire similaire : signé à ses débuts par le label international de musique du monde Lusafrica du franco-capverdien José da Silva, il a créé en 2014 la société Tabaro Productions, une structure qui travaille en étroite collaboration avec les productions Tidiane World Music, afin de s’assurer un développement de carrière pérenne.

Louis Otorio, plus connu sous son nom d’artiste 36 States, connaît lui aussi cette problématique. Fondateur du label States Productions, il a tenu ouvert un studio dans le quartier Camayenne Pressing à Conakry de 2008 à 2011. Alors qu’il se consacrait à sa propre carrière à l’étranger, il a du le céder pour éviter la faillite.

Après deux ans d’absence, il a repris son label States Productions avec l’ambition de mettre en place une maison de production multi-dimensionnelle pour promouvoir les jeunes artistes des banlieues de Conakry.

Dès son redémarrage, le label a signé l’album reggae dance hall de Sékouba Kolonji et le quatrième volume de Natural Reggae.

Très engagé et porté par la volonté d’exporter la musique urbaine guinéenne, nombre de jeunes talents espèrent avoir leur chance grâce au retour de l’artiste et à son action pour l’industrie musicale de Guinée. Cependant, il n’a pas pu ouvrir de nouveau studio conséquent.

Urban Style Studio, une initiative privée pour tous

Le rappeur guinéen Tounkara Idrissa, plus connu sous son nom de scène Black Curse, a regagné son pays après avoir passé quatorze ans aux États-Unis. Il y a investi 26 000 dollars afin d’ouvrir un studio d’enregistrement numérique dans le quartier de Camayenne : « Ce studio répond à nos besoins en terme de productions sonores. La cabine d’enregistrement du studio a été élaborée pour une qualité de prise optimale, répondant à la création acoustique à la renommée internationale ».

Avec cet équipement de dernière génération, il a l’ambition de contribuer au développement musical en Guinée et de promouvoir les artistes hors des frontières du pays : « Il y a du talent ici, mais il manque une locomotive. Ce studio va changer la donne en servant de déclic. Il faut produire des sons qui peuvent représenter les couleurs de la Guinée à l’international ».

Un studio dont ont déjà pu profiter les groupes Les Héritiers Du Vieux Coka, Jeunesis & Revolution et Autopsie 2X.

Tinkisso Record : la référence polyvalente 

Tinkisso Record se distingue par son professionnalisme. Label, studio d’enregistrement numérique, multimédia et audiovisuel, la société opère également au plus près des artistes et développe leur communication, à travers l’organisation de concerts, le booking et le management.

Bien équipé et structuré, Tinkisso Record propose aussi la production et la distribution des œuvres audio et la location de matériels de spectacle, depuis la lumière à la sono.

Queen Adams, Maximum, Général Walabok, Sory Soryba ou encore Kalif Oumar Shakeur sont ainsi passés par cette société guinéenne.

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