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Son curriculum vitae attire notre attention ! Lucien BLEMOU est l’un des jeunes étudiants guinéens de Paris 1 Sorbonne en Master Communication politique et institutionnelle. Mais avant, il a dans son classeur, une Licence Professionnelle en Bac+4 en Journalisme et Communication à Mercure International de Conakry. Lucien BLEMOU décapsule notre nouvelle rubrique « DIASPORA ». Avec lui, nous parlons de son intégration dans le système éducatif français et son rêve après les études. LISEZ !

Bonsoir Lucien ! Tu te portes bien j’espère avec le froid qui commence ?

(Rire) Oui, ça va, Dieu merci, on s’habitue.

(Photo) Lucien Blemou ambitionne d’apporter son soutien à son pays, la Guinéenne

Qui est Lucien Blemou ? Tout d’abord, parles-nous de tes études en Guinée ?

Lucien Blemou est un jeune guinéen modeste qui a commencé ses études en Guinée (primaire, collège). J’ai fait mon université à Mercure International de Conakry où j’ai obtenu une Licence Professionnelle en Bac+4 en Journalisme et Communication.

A quel moment as-tu décidé de venir poursuivre tes études en France ? Qu’est-ce qui explique cette motivation ?

Concernant mon voyage, c’est tout à fait un fruit du hasard. Car ça n’a jamais été mon ambition de poursuivre mes études ailleurs. L’idée est venue juste à la fin de mes études  à Conakry. Cette décision a été motivée par le fait de voir mon pays souffrir d’être représenté dans les institutions internationales. Si les jeunes sénégalais sont dans les institutions, cela profite aux sénégalais dans la mesure où, lorsqu’il y a des projets diligentés vers les pays, les représentants sénégalais défendront ces projets dans l’intérêt de leur pays. Donc, je me suis dit que s’il y a des projets qui fuient la Guinée, c’est parce que tout simplement, il y’a moins de guinéens dans les institutions qui peuvent orienter les projets vers la Guinée. C’est la raison pour laquelle je me suis lancé dans le domaine de la Communication afin de jouer un rôle important une fois dans ces institutions pour faire profiter mon pays et l’Afrique.

Comment as-tu réussi à intégrer le système éducatif français qui n’est pas chose aisée ?

Après avoir constitué mon projet professionnel, j’ai postulé dans 7 universités en France et ce n’est qu’une seule qui m’a accepté en l’occurrence l’université de Lorraine à Metz. Paris 1 Panthéon-Sorbonne m’avait d’abord refusé pour la Licence mais à force d’insister, aujourd’hui j’y suis en Master Communication Politique et Institutionnelle. Cette option me plaît beaucoup. C’est à caractère politique et institutionnel et parle aussi d’ONG. Cela m’inspire beaucoup et ça colle à ma personne, la personne que je veux être et le monde que je veux voir. C’est en gros ma vision des choses.

Nous avouons que tes débuts en France n’ont pas été du tout faciles. N’est-ce pas ?

Justement ! Il faut savoir que pour un jeune guinéen qui quitte une température très élevée et qui atterrit à un mois d’août en France pourtant c’est l’été, le climat déjà ça frappe, on est un peu choqué par l’atmosphère, choqué par la vie de rêve qu’on nous a toujours vendu au pays. Au contraire, voilà des personnes qui mendient dans la rue, les SDF (Sans Domicile Fixe NDLR), etc. Du coup, je me suis dit waouh ! Je pensais avoir laissé tout ça derrière moi en Guinée. Mais non ! C’est pour dire que la pauvreté, il y en a partout, c’est la catégorie qui diffère.

Parlant de ton acceptation par l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ? Qu’est-ce qui était compliqué pour toi dès l’entrée ?

Ce qui a été un peu compliqué pour moi, est que tu es dans un pays où tout est numérique, même l’ENT (Espace Numérique du Travail) pour les étudiants où il faut forcément passer par là, même tes inscriptions. Donc au début, c’était vraiment difficile pour moi sachant qu’au pays, tel n’est pas le cas où on fait presque tout à notre place. Tandis que tout est numérique en France. Moi j’ai obtenu mon premier ordinateur au pays en licence 4. Alors, j’avoue que les choses n’ont pas été faciles pour moi de rentrer dans le système éducatif français.

Par moment aussi avec le froid, c’est difficile. Dans la région où on m’a affecté au début, la Lorraine, il fait très froid. La première fois de voir la neige partout, et je dois me lever très tôt pour aller à l’université, ce n’est pas chose facile. Mais ça faisait aussi plaisir pour moi de découvrir tout ça et aller sur un domaine d’études aussi passionnant que la Communication. Et rien qu’en pensant à tout ce que j’ai laissé derrière moi au pays, il fallait être courageux. Vu que j’ai eu peut être la chance d’être là, et il y’a tout un peuple qui compte sur nousje me suis dit, qu’il fallait tenir. Et Dieu merci, nous sommes parvenus là où nous sommes aujourd’hui même s’il y’a encore du chemin à parcourir.

Tu fais partie d’une ONG mise en place par les étudiants guinéens à travers le monde. Parles-nous en !

En voyant le master que je fais, c’est soit la politique, soit les entreprises ou les ONG. J’ai plus d’engagement associatif à travers l’ONG Start The Change, Guinée ville etc... Elle est constituée par des étudiants guinéens à travers le monde entier par exemple en Chine, au Canada, en France, au Maroc. On essaye donc d’agir dans le secteur éducatif guinéen. Nous avons un projet et nous sommes partis d’une remarque qu’aucune école primaire publique en Guinée ne possède une bibliothèque. Alors, on s’est dit pourquoi ne pas combler ce vide. A date, nous  avons commencé à récolter des livres et on en a eu beaucoup.

A préciser que c’est une bibliothèque mobile que nous comptons mettre en place et faire la navette d’école en école. L’objectif c’est de susciter aux élèves, le goût de la lecture. Après ça, on aura un peuple exigeant vis-à-vis de ses gouvernants. Ce peuple va exiger la présence de ces bibliothèques un peu partout. Et ça sera le début d’un autre développement qui va pousser les enseignants et les populations à beaucoup écrire afin de produire une littérature guinéenne, conséquente et riche. Il y aura de nouvelles productions, je sais qu’il y en a beaucoup déjà, ça serait une manière de perpétuer cela. Les grandes révolutions et les plus grands développements sont passés par un peuple instruit. Donc, cela peut être une des nombreuses voies de notre développement.

Tu bosses pour Espace Tv sur l’émission « DiasposConnexion ». D’où est venu le contact ?

Je vais vous faire une confidence : il faut savoir que je me suis rencontré avec Lamine Guirassy (Patron d’Espace Tv) via twitter et c’est de là que tout est parti. Après, on s’est vu pendant un de ses voyages en France et on a longuement échangé. Et moi à la base, je me suis dit – on a une jeunesse guinéenne qui est là en France et qui a réellement du talent. Beaucoup font des stages à l’Élysée, à TV5 et un peu partout dans les grands médias ainsi que dans des grandes entreprises et institutions françaises. Je me suis dit pourquoi ne pas faire quelque chose  pour cette jeunesse courageuse : Essayer de la mettre en contact avec celle se trouvant en Guinée. Cela, afin de rester constamment en contact pour ne pas être des ‘’étrangers’’ lorsqu’ils seront de retour en Guinée et aider aussi le pays par leur expérience. D’où est née « Diaspos Connexion » [une émission sur Espace Tv NDLR] grâce à l’idée de Lamine Guirassy et de ma collègue Raby que je salue de passage… Du coup, la confiance s’est installée tout naturellement.

(Photo) La rencontre en France de Lucien Blemou et Lamine Guirassy (PDG d’Hadafo Médias en Guinée)

Donc l’émission a été montée comme ça. On a commencé avec l’objectif de montrer à cette jeunesse africaine puisque « Diaspos Connexion » concerne toute l’Afrique, qu’il y a des jeunes africains qui sont en Europe en Amérique en Asie qui excellent dans des domaines très intéressants. On s’est dit pourquoi ne pas trouver un espace d’expression pour eux, afin de mettre à la disposition du public africain, leur savoir-faire et vice versa.

Que peut-on dire de la Guinée face à sa jeunesse ?

Il faut savoir que cette jeunesse n’est pas l’avenir de cette nation, mais c’est le présent même, l’actuel et à l’instant même. Cette jeunesse dont nous rêvons, c’est une jeunesse instruite. Partout, il y a le savoir, il faut fouiller, il faut essayer de le chercher. C’est la raison pour laquelle notre engagement associatif avec Facinet Kabè Camara (Président de l’association Start The Change, diplômé en Droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne) et beaucoup de jeunes dont certains sont en Guinée, ça se matérialise par le fait que l’éducation est une arme très puissante comme le disait Mandela pour changer le monde. Et donc, la Guinée aussi.

Nous volons saisir cette opportunité à travers même le programme éducatif guinéen, même à travers beaucoup de choses qu’on peut aussi apporter à ce système. Parce que nous sommes convaincus que pour que notre Guinée change, il faut des grands hommes, et les grands hommes se construisent à partir de l’enfance, on les formate à partir de cette enfance afin de leur donner une orientation qui correspond aux aspirations de cette nation.

Enfin, il faut savoir qu’un peuple devient ce qu’il veut mais aussi ce que ses dirigeants veulent qu’il devienne. Alors, il faut qu’on accepte d’investir beaucoup plus dans l’éducation car, c’est primordial. Nous devons dépasser le stade du rêve, là on doit se réveiller car notre rendez-vous est au sommet.

Interview réalisée par SITANEWS©, Paris


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