Lil Sacko du groupe Instinct Killers a bien voulu se prêter à nos questions en France ! Avec le binôme de Fish Killa, nous avons épluché plusieurs sujets d’ordre privé et professionnel dans une atmosphère bien détendue à Clignancourt, en plein cœur de Paris. Lisez plutôt ! 

Salut frère ! Ton séjour se passe bien ?

Oui, tout se passe super bien grâce à Dieu.

Bientôt la Fête de la Musique, le 21 juin. Tu as plusieurs années de carrière artistique. Que représente la Musique pour toi ?

La musique c’est ma vie. Elle représente tout pour moi. Grâce à la musique, je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. Donc, moi je définis la musique comme une vie. Je profite de votre micro pour souhaiter par anticipation, une bonne fête à tous les chanteurs du monde.

Tu viens de te marier et qu’est-ce que cela a changé dans ta vie ?

La vie est une échelle, il faut toujours chercher à évoluer. Si c’est l’argent qu’on attend, nous les jeunes, nous n’allons jamais être prêts. Aujourd’hui, je me dis Dieu merci, je suis avec ma petite famille. Ça fait vivre. Il y’a la santé et je prie le Dieu que cela continue comme ça. En tout cas, je suis très heureux.

La culture guinéenne est frappée ces derniers temps, par de nombreux cas de décès et surtout des légendes. Quel est ton ressenti ?

C’est une grande consternation quand on perd des personnes importantes. Mais ce qui est très choquant, ce sont les conditions dans lesquelles ces personnes valeureuses meurent en Guinée. Des grands artistes comme Papa Mory Kanté, Mama Kadé Diawara, Kerfala Kanté et récemment Petit Condé qui sont morts pitoyablement, dans la misère. Alors que ces artistes avaient valablement défendu la culture guinéenne.

N’est-ce pas, c’est une chance pour la Guinée d’avoir toutes ces légendes ?

Justement ! Si Dieu nous a donné toutes ces icônes-là, nous devons en être fiers car, c’est une très grande chance pour le pays. Mais malheureusement, les autorités n’ont pas su s’approprier de ces légendes. C’est inadmissible qu’elles meurent dans la précarité.

Je jure que c’est une très très grande fierté d’avoir un monument comme Papa Mory Kanté qui a fait plus de ventes, qui a valablement représenté toute l’Afrique à travers le monde. C’était presque le guinéen le plus connu à l’étranger et tout le monde s’identifie à travers lui. C’est décevant que l’État n’a pas su entretenir toutes ces icônes. J’étais choqué quand j’ai vu aussi SOS pour Petit Condé. Ce sont des situations qui choquent et le gouvernement ne fait pas grand-chose pour changer la situation.

Nous te montrerons la photo d’une personne et tu nous diras qui elle est ?

Ah oui, c’est Big Dada ! Siaka Kébé ! Siaka Kébé est plus qu’un frère pour nous, Instinct Killers. Il a beaucoup fait pour notre groupe. On a commencé le combat ensemble jusqu’au moment où il est tombé malade. Nous savons que là où il est aujourd’hui, il est vraiment fier de nous. Nous lui souhaitons prompt rétablissement. Sachez qu’on est toujours en contact, on se parle souvent. Siaka Kébé et Instinct Killers c’est pour la vie.

En quoi peux-tu EXPLIQUER ta participation à la récente manifestation réclamant justice pour Adama Traoré à Paris ?

Je vais clarifier les choses. Je ne suis pas sorti pour Adama Traoré [Jeune malien décédé lors de son interpellation par la police en 2016 en France, NDLR]. Moi j’étais sorti pour défendre la cause des noirs en France et ceux d’ailleurs. C’est-à-dire, réclamer justice pour tous les noirs victimes de violence. Parce que mes enfants vivent ici en France. Ce qui est arrivé à Adama Troaré et à d’autres personnes, un jour, cela peut m’arriver, ça peut arriver à toi, à mes enfants ou à quelqu’un d’autre. Donc, je me dis que c’est important de se mêler à cette manifestation très légitime. Même la sœur d’Adama Traoré, elle demandait dans ses discours, plus de justice pour les noirs et non pas pour son frère seulement.

Au cours de cette manifestation, j’avais partagé plusieurs vidéos, mais les gens ont préféré prendre juste une seule photo pour dramatiser ou politiser cette affaire.

Oui, mais les internautes estiment que tu t’es jamais associé à des manifestations à Conakry. Alors que là-bas aussi, il y’a de l’injustice qui bat son plein.

Moi j’ai commencé à manifester depuis le temps de Lansana Conté (Paix à son âme). Moi j’ai perdu un ami au cours d’une manifestation, il était à côté de moi. Moi je suis né et j’ai grandi à Coléah [Quartier de Conakry NDLR]. Je suis un gars de la rue. Moi j’ai beaucoup manifesté pour les bonnes causes en Guinée. Mais sûrement, c’est parce que je ne fais pas de snaps ou de selfies comme les autres, pour qu’on me voit parmi les gens. C’est ça ?

Concernant ma sortie à Paris, les gens ont juste voulu dramatiser les choses. Ensuite, que les gens sachent que mon groupe Instinct Killers, ne se mêle pas de la politique. Parce qu’on ne maîtrise pas ce milieu. Nous, nous sommes pour la paix et l’unité en Guinée. Les gens nous reprochent souvent qu’on ne parle jamais de politique. Oui, nous, nous sommes apolitiques. On ne peut pas défendre un côté et protester contre l’autre camp. A la rigueur, on ne peut que prendre le micro, chanter la paix et sensibiliser le peuple. On a toujours fait cela.

Lil Sacko est chanteur mais aussi entrepreneur. Tu viens d’ouvrir ta boite de nuit à Conakry. Pourquoi l’idée ? Penses-tu que la musique toute seule n’apporte pas gros?

En Guinée, les artistes ne vivent pas de leurs œuvres. Ça c’est clair. Je prends l’exemple sur Mama Kadé Diawara, elle a fait de la musique et elle a eu le succès plus que nous. Mais regardez comment elle est partie. Regardez Petit Condé, il avait accompagné trois générations. Mais eux tous sont morts misérablement. Alors que si la musique apportait gros, ces légendes-là allaient mourir dignement.

Concrètement, que veux-tu  faire passer comme message?

Les artistes guinéens n’ont pas compris le Game : le show-biz. C’est-à-dire, le show et le business à côté. En Afrique, je peux citer Wizkid, Youssou N’dour, Flavour, Diamond Platnunz qui ont de grosses réalisations. Aux États-Unis, il y a Kanye West, Jay z qui sont dans l’immobilier et bien d’autres. Ils sont hyper riches aujourd’hui. Tandis que les artistes guinéens font seulement le show, mais ils ne font pas de business. C’est ça le mal. Parce que dans la vie, tout est éphémère. Le succès c’est pour un temps.

C’est pourquoi nous Instinct Killers, nous avons réfléchi et nous avons pensé à faire aussi du business au-delà de notre musique. Notre Manager a une imprimerie, Fish Killa a une société de pêche et moi j’ai des plantations, j’ai une boîte de nuit et j’ai aussi d’autres projets en vue. Le show te donne des relations et il faut profiter de ces relations pour faire ton business. C’est ça le Game frère !

Selon nos sources, tu viens de te taper une maison à Conakry. Tu confirmes cette information ?

Oui c’est vrai. Tu sais nous, nous aimons les belles choses. Lil Sacko n’est pas riche mais il se démerde, il fait des économies. Et c’est aussi ça la philosophie de mon groupe. Puisqu’on se dit que le succès c’est juste un temps. Donc, nous devons chercher à préparer l’avenir. Ne faut pas qu’on te voit  bien aujourd’hui et demain, qu’on t’aperçoive autrement. C’est vilain !

Ton groupe a rejeté son trophée de « Meilleur Groupe Urbain » en 2019 lors des Victoires de la Musique Guinéenne. Pensez-vous que c’était une bonne décision ?

Nous avons beaucoup bossé en 2019 et si nous devons être récompensés par qui que ce soit, il faudrait que cela se passe dans les règles de l’art. On s’était trop battu l’année-là, on est allé même au Nigeria sans l’aide du gouvernement. On a dépensé plus de 30 mille dollars pour 3 sons, 3 clips et 2 featurings. C’était dur. Nous avons fait tout ça, pas pour le groupe Instinct Killers, mais pour l’honneur de la musique urbaine de notre pays.

Tous les guinéens sont fiers de voir aujourd’hui le clip Instinct Killers Feat. Patoranking. C’est propre et c’est beau. L’année 2019, il n’y avait aucun clip qui était meilleur que le nôtre. Cela est connu de tout le monde. Nous avons fait tout cela, et après, nous voyons des grands frères qui viennent organiser des cérémonies pour salir nos efforts. C’est choquant ! On n’était même pas dans les nominés du meilleur clip de l’année. Il y avait 3 catégories où on devait figurer. Tout le monde sait qu’on contrôle la zone depuis 2019. C’est la raison pour laquelle nous avons rejeté ce trophée.

Mais l’effort du groupe a été tout de MÊME récompensé. Puisque vous avez reçu le prix de Meilleur Groupe Urbain. Vous ne pouvez pas exclure cela. N’est-ce pas ?

Oui, mais ce n’était pas le plus important. Il y avait d’autres prix qu’on devait mériter. On était vraiment choqué que notre clip avec Patoranking ne figure pas parmi les clips nominés de l’année. On doit donner à César ce qui appartient à César.

Intinct Killers avec Patoranking, la star nigeriane

Penses-tu qu’un jour, Instinct Killers disloquera et que chacun évoluera de son côté ?

Instinct Killers ne va pas disloquer. Peut-être qu’un jour, chacun pourra avoir des projets solos. Instinct Killers, c’est une longue histoire, c’est une famille, nous avons grandi ensemble. Ça serait difficile qu’on se sépare.

A quoi peut-on s’attendre après la psychose du Coronavirus ?

En principe, on avait une tournée en été ici en France. Aussi, un concert avec Trace TV sur Paris. Mais tout est reporté à des dates ultérieures. Nous avons beaucoup de projets sous la main. On attend juste que tout se calme et que le Coronavirus disparaisse totalement pour reprendre le contrôle.

Instinct Killers, Banlieuz’art, ça n’allait pas à un moment ? C’était quoi le problème ?

Non ! Non ! Non ! Instinct Killers – Banlieuz’art, c’est la famille. Mais bon, tu sais c’est la vie des artistes, il y a des moments de turbulence et d’incompréhension mais après tout, nous restons des frères quoi.

Merci de nous accueillir Lil Sacko et à très bientôt

C’est moi qui vous remercie frère !

Interview réalisée par Sita

©SITANEWS

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