INTERVIEW. Arthur Kolié est cinéaste. Diplômé de l’Institut Supérieur des Arts Mory Kanté (ISAMK) en Guinée, Arthur est issu de la toute première promotion du département Cinéma et Audiovisuel en 2008. Résident désormais en Belgique, ce jeune cinéaste d’origine guinéenne poursuit son rêve entre projets et explorations.
Arthur a bien voulu répondre à nos questions. Lisez ! 
Arthur très passionné
Sitanews : Parles-nous de ton aventure de cinéaste
Arthur Kolié : Tout a commencé pendant mon cursus universitaire à Dubréka (Guinée). J’ai d’abord fait des stages d’écriture de scénario en Tunisie et au Bénin en 2007. En 2008, l’acteur Burkinabé Sotigui Kouyaté que j’ai rencontré en Tunisie m’a offert un stage de jeu d’acteur et direction d’acteur à Ouagadougou.
A mon retour à Conakry, j’ai créé une petite structure de production qui m’a permis de réaliser quatre courts-métrages en Guinée.
En 2009, j’ai décroché le concours international 5sur5, un réalisateur par continent organisé par l’asbl Espace Dragone qui m’a permis de représenter le continent africain à la résidence documentaire à La Louvière, en Belgique. De 2009 à 2020, cela fait 11 années que je vis en Belgique.
Arthur Kolié, l’un des anciens meilleurs étudiants de l’ISAMK
Le chemin a été certainement long et parfois parsemé d’embûches. Quelle a été ta clé de réussite ?
La clé de réussite dans ce métier, il faut d’abord l’aimer. C’est un beau métier. Mais pour le faire, il faut être courageux, passionné et surtout croire en soi et à ses projets.
Un réalisateur de film se doit d’être motivé et tenace. Car, réaliser un film n’est pas un travail de tout repos et surtout, il faut avoir de la culture, posséder une connaissance très grande de l’histoire du cinéma français, africain et celui d’ailleurs.
Parles-nous de tes différentes réalisations
Pour le moment, voici ma filmographie : « FEMMES MIGRANTES, Actrice de la société » (CM doc / 33 ‘ /2020) ;
« BINTA » (CM fiction, Producteur) en post-prod ;
« JT FEMA » de L’asbl BAMKO (2×20’) 2018 ;
« HALTE à LA GUERRE » (Clip vidéo) 2018 ;
« FEMMES : Piliers de la vie » (CM doc / 10’/2017) ;
« LUTTE CONTRE LE RACISME ET LES DISCRIMINATIONS » (CM doc / 15’ / 2018) ;
« ELDORADO » (Web-série) 5 EP x 12’ / 2016-2017 ;
« TOKOLY » (Clip vidéo) 2016 ;
« MARQUÉ À VIE » (CM fiction / 8’ / 2015 / Sélection officielle / FECCIG 2016 ;
« UNE CAMERA SUR LA LUNE » (CM doc / 10’/ 2009 (Sélection festival de   cinéma de Rotterdam / 2010 ;
« L’AMOUR DU FOOT » (CM doc) 13 ‘ / 2009 (sélection officielle au festival Entr’ 2 marches de Cannes / France (2012) ;
« LE CAUCHEMAR D’UNE GAMINE » (CM fiction) 4’ / 2009 / sélection officielle au festival cinéma africain de Vérone (Italie) 2011 ;
« JEUNESSE CONTRE LE SIDA » (CM /8’/2008 ;
« LE LUTTEUR TRADITIONNEL » (CM doc/ 10’ / 2008
Sortie en 2016
Série sortie 2016 – 2017
Sortie en 2020
Comment affirmes-tu ta passion en Belgique ?
Étant immigré et cinéaste guinéen, passionné par le cinéma sous toutes ses formes, il fallait se frayer un chemin en Belgique. Il fallait juste oser et affronter les vicissitudes du métier dans un pays qui n’était pas le mien au début. Mais aujourd’hui, je suis aussi citoyen de ce pays et je dis Dieu merci. Parce que j’ai l’opportunité d’y réaliser des films, mais aussi dans d’autres pays européens et africains. J’ai également eu la chance de voyager sans difficulté, et de rencontrer d’autres cinéastes qui vivent de leur passion etc.
Quelle est ta lecture du cinéma et la production audiovisuelle en Guinée ?
Le cinéma guinéen est en quête de repère depuis longtemps. Pour le moment, il n’y a aucune volonté politique de la part du Ministère chargé de la Culture et du Patrimoine Historique d’outiller le département et aussi lui doter d’un budget permettant de relancer officiellement le secteur.
N’oublions pas que c’est la Guinée qui avait ouvert la voix du cinéma africaine, la promotion de la culture africaine, en Afrique et à travers le monde. Nous étions aussi parmi les meilleurs cinéastes d’Afrique avec des œuvres qui ont fait le tour du continent noir avec plusieurs récompenses à la clé.
Sous la Première République, le guinéen n’avait rien, mais il allait au cinéma tous les soirs.   Le président Ahmed Sékou Touré aimait le cinéma guinéen, il recevait à chaque production, les cinéastes à sa résidence. C’était un homme de culture et encourage les artistes guinéens à la création.  Mais malheureusement, la Guinée ne semble pas encore prête, après 35 ans d’attente. Certainement, et c’est mon avis personnel, je crois que le chef de l’État, Alpha Condé n’est pas au courant de l’état des lieux du secteur audiovisuel guinéen.
Ça m’attriste de voir 4000 jeunes guinéens du secteur audiovisuel au chômage. Nous avons du talent, nous sommes bien formés et nous pouvons remplir la caisse de l’État s’il soutient financièrement la production cinématographique. Il suffit juste de doter L’ONACIG d’un budget de fonctionnement, d’équiper le département et les Guinéens verront les résultats. Les guinéens doivent avoir leurs propres séries, des longs-métrages et courts-métrages etc.
En investissant dans le secteur culturel et touristique, on peut relancer notre économie et les jeunes ne traîneront plus dans les rues. Je suis convaincu que seule la culture pourrait changer la mentalité du guinéen d’aujourd’hui. Mais je reste convaincu que les choses vont bientôt changer.
Quelles pourraient être tes approches de solutions ?
Depuis 2007 jusqu’à nos jours, nous nous sommes battus pour attirer l’attention des différents gouvernements. Du régime Général Lansana Conté en passant par celui de la junte militaire, et aujourd’hui, celui d’Alpha Condé. Rien n’a été fait pour le moment. La balle est dans le camp du Ministère de la Culture et du Patrimoine Historique.
Tu as un projet pour la Guinée intitulé « Jeunesse et cinéma ». De quoi s’agit-il réellement ?
J’ai décidé de me tourner vers la Guinée, surtout à sa jeunesse. J’ai toujours pensé à cette jeunesse qui n’a pas de cinéma et qui ne sait pas que la Guinée était dotée d’un grand studio de production où des cinéastes venaient du Maroc, de Tunis, de Côte d’Ivoire pour développer leurs films à Conakry pendant le premier régime.
J’ai lancé le projet « Jeunesse et Cinéma » fin 2019. J’ai compris depuis des années que nos jeunes ont envie de faire du cinéma. L’objectif c’est de soutenir la création, et d’offrir une méthodologie artistique comme un véritable outil d’aide à la prise de conscience, et l’accompagnement artistique pour le développement de l’œuvre de nos jeunes talents.
Après avoir lancé le projet, j’ai directement produit le film « BINTA » de Jacques Kolié un court-métrage, fiction, avec le soutien de L’ONACIG. Le film est actuellement en post-production.
Pour l’année 2020-2021, je vais aussi co-produire le film du jeune réalisateur Lamarana Djebou Diallo et je suis convaincu que l’État finira un jour par nous rejoindre.
A part le projet « Jeunesse et Cinéma », je travaille aussi avec L’institut Supérieur des Arts Mory Kanté. Nous sommes sur un projet de formation des étudiants du département de Cinéma et audiovisuel qui devrait d’ailleurs commencer depuis mars passé, malheureusement à cause de la pandémie du Covid-19, la date a été annulée. J’attends une nouvelle date. L’objectif du projet est d’envoyer des réalisateurs et formateurs belges à Dubréka pour un mois.
En 2009, Arthur Kolié est lauréat du concours international 5sur5, un réalisateur par continent
Parles-nous de tes projets à court, moyen et long terme
Pour le moment, je ne souhaiterai pas parler de ces projets qui sont en phase de développement. Ce que je peux vous dire pour le moment, tout se passera en Guinée le moment venu.
En tant qu’acteur culturel. Que penses-tu de la situation du patrimoine culturel de ton pays, la Guinée ?
La situation est chaotique. J’ai fait gestion culturelle de 2018 à 2019 à l’université libre de Bruxelles. Je vous informe aujourd’hui que la Guinée n’a jamais pensé depuis 40 ans à la restauration, la restitution et la reconstitution des œuvres de notre patrimoine culturel. Donc c’est pour vous dire qu’il y a du boulot à faire.
Merci Arthur
 Merci à vous aussi
Par  SITANEWS
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