Du 29 juillet 2014 au 29 juillet 2020, cela fait 6 ans jour pour jour, que le drame de Rogbane s’est produit à Conakry lors d’un concert de musique urbaine. Bilan : 33 morts et plusieurs cas d’évanouissement. Une bousculade meurtrière a donc causé une véritable tragédie que jamais, l’écosystème événementiel guinéen n’a connue.

6 ans passés, ce fait fatidique pèse encore lourd sur la mémoire collective, difficile d’oublier des affres et balafres de ce concert d’horreur du 29 juillet.

Une foule immense sur Rogbane/Crédit photo _Sitanews

Un mardi noir, si on savait !

Il s’agit d’un concert mettant sur scène, deux célèbres groupes de musique urbaine du pays : Banlieuz’art et Instinct Killers. Une affiche de taille qui n’a pas manqué d’engranger une marée humaine à perte de vue sur la plage de Rogbane dans la commune de Ratoma, en haute banlieue de Conakry.

La structure Meurs Libre Prod (MLP) tenait à offrir un merveilleux concert à la jeunesse de Guinée au lendemain de la fête de Ramadan. Malheureusement, contre toute attente, le pire n’a pas pu être évité.

Nous y étions ! Dès 14 heures, la grande route qui mène à la plage de Rogbane traversant le quartier bouillant de Taouyah était déjà bondée. Les jeunes s’enjambaient pour vite arriver à destination. Ce qui a laissé entrevoir ce jour, un embouteillage monstre dans la zone.

À 17 heures déjà, le lieu du concert était rassasié du monde, alors que la première partie du show se poursuivait dans la ferveur et dans un déluge d’ambiance rassurante.

Vers 18 heures, la pression monte. Le mercure atteint son paroxysme au moment où les vedettes du jour (Banlieuz’art, Instinct Killers) commencèrent à mettre le feu aux poudres sur scène à 7 heures du soir.

Face à une foule compacte et surexcitée, c’était très difficile pour les secouristes de se frayer des chemins. La régie technique par obligation avait cédé au mouvement de foule. C’est l’heure des embrouilles et des ennuis.

La régie technique délocalisée à cause du mouvement de foule. Crédit photo_Sitanews

Mais la situation se compliquait davantage vers 8 heures du soir : les jets de projectiles, la bousculade incessante et la débandade ont prématurément mis un terme à ce concert qui avait pourtant bien démarré : le son coupé, les projecteurs éteints. Dans cette dégénération, nombreux spectateurs n’ont pas pu résister au poids du mouvement, surtout les plus jeunes. De visu, nous comptions dans le sable des morts par dizaine. Triste réalité !

Très vite, la nouvelle se repend dans la capitale comme une traînée de poudre, des parents désemparés, les autorités se saisissent de l’affaire. Les corps sans vie et les asphyxiés furent transportés d’urgence aux hôpitaux de Conakry rapidement pris d’assaut par des curieux et des familles. Chaque parent y venait se rassurer.

Le parquet mis en branle, des arrestations et des limogeages engagés 

Le même soir, aussitôt, un décret démet Malick Kébé, le Directeur général de l’agence guinéenne de spectacles de ses fonctions. Lui, et Ablaye M’baye (organisateur, Co-PDG de MLP), Lévy Saint Levis-Etienne (Chef de quartier de Taouyah au moment des faits), Mohamed Lamine Sylla (Administrateur général de la plage de Rogbane), Habib Diallo (Responsable de la sécurité civile) sont arrêtés et passent plus de 5 mois en prison. Un procès a été organisé à cet effet et qui a même fait défiler à la barre des gros bonnets de l’administration publique à savoir : feu Soriba Sorel Camara (ex-gouverneur de la ville de Conakry), feu Sékou Batouta Camara (Président de la délégation spéciale de Ratoma).

Cette affaire a fait couler beaucoup d’encre et de salive. C’était l’actualité prédominante dans toute la presse locale. Des artistes du pays se sont levés comme un seul homme pour demander la libération des leurs. Pour eux, Malick Kébé, Ablaye M’baye SKANDAL et autres, « n’étaient que des boucs émissaires ». Par ricochet, ils pensent que le Gouverneur de la ville et le Président de la délégation spéciale de la commune de Ratoma avaient aussi leur place à la Maison d’Arrêt et dans le box des accusés.

Par ailleurs, dans les démarches, une chanson en hommage aux victimes du drame de rogbane a été produite par un collectif d’artistes du pays pour calmer les ardeurs en exprimant leur indignation sur les riffs. Le lien : https://www.youtube.com/watch?v=fmD3JyoUjQM

Si les personnes mises en cause ont toujours clamé leur innocence durant toute la procédure, la justice quant à elle, estimait qu’il y’a eu bel et bien des défaillances au niveau de l’organisation de ce concert.

C’est pourquoi le jeudi 15 janvier 2015, la Cour d’Appel de Conakry condamne Malick Kébé, Ablaye M’baye et Cie. Ils ont été situés de leur sort après plus de 5 mois de détention. Rappelons qu’ils étaient poursuivis pour homicide involontaire sur 33 jeunes morts le mardi 29 juillet 2014, au lendemain de la fête de Ramadan dans une bousculade à la plage de Rogbane.

Verdict. La Cour condamne les mises en cause à 5 mois de prison ferme (qu’ils avaient largement purgé) assorti du paiement d’une amande de 170 millions, soit 28 millions environ à payer par chacun.

Cités dans ce dossier brûlant et sensible, le Président de la délégation spéciale de Ratoma, Sékou Batouta Camara et le gouverneur de Conakry à l’époque, Soriba Sorel Camara, ont été tenus pour « responsables passifs » de la tragédie de Rogbane.

Les plages fermées

Une ordonnance verrouillant toutes les plages de Conakry a été prise par le gouverneur de la ville. Cette décision retournait plusieurs jeunes au chômage.

Sous le poids de leur fermeture, ces plages ont connu une dégradation très poussée et prises d’assaut par des montagnes d’immondices, des vautours, des chiens errants. Également, ces lieux étaient devenus des champs de tri pour les jeunes à la quête du gagne-pain quotidien. Cette situation va perdurer des années.

Affaire Rogbane, à jamais dans l’histoire

Chaque année et depuis juillet 2014, l’on se souvient de ce malheureux événement qui a endeuillé une trentaine de familles à Conakry.

Ce drame a su interpeller les consciences et inviter les acteurs du show-biz guinéen à plus de responsabilité, de méfiance et de rigueur dans les organisations. Pour que plus jamais, une telle tragédie ne se reproduise.

Paix à l’âme des victimes du drame de Rogbane !

Par Sita

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