Cette deuxième partie de notre entrevue avec Sayon Bamba est exclusivement consacrée à son projet « La Maison de l’Artiste Guinéen ». Lisez plutôt !

 Où sommes-nous avec votre projet « La Maison de l’Artiste Guinéen » ?

 C’est bien de me poser la question. Nous avançons bien sur la ‘’Maison de l’Artiste Guinéen’’. Nous avons à collecter des informations sur les artistes. A l’heure actuelle, nous avons retenu près de 150 artistes. Parce qu’il faut commencer quelque part. Donc, nous nous excusons auprès des autres artistes qui ne sont pas encore dans le programme.

Nous avons commencé par les 150 dont nous avons pu récupérer les photos. Nous sommes en train d’écrire un tout petit peu leur l’histoire, pas en entier, mais des textes pour essayer de situer les points suivants : quand est-ce ils ont commencé la musique ? Où est-ce qu’ils sont allés ? Par où ils sont passés ? Où ils en sont aujourd’hui ? Est-ce qu’ils sont décédés ? Est-ce qu’ils sont en vie ? Qu’est-ce qu’ils font ? En gros, nous essayons de travailler sur le portrait de ces différents artistes.

Au jour d’aujourd’hui, nous sommes très contents, nous avons un partenariat avec la chaîne Cis Média qui va nous accompagner sur toute la médiatisation du projet « la Maison de l’Artiste Guinéen ».

Nous avons aussi commencé la visite des locaux. Il y’en a plusieurs sur lesquels nous misons. Aussi, nous cherchons un local qui sera prêt à accueillir ce projet.

Nous voulons mettre cette maison à la disposition des guinéens dès le mois de septembre. A cet effet, nous avons avec la chaîne Cis Média, une soirée que nous allons initier le 15 août prochain.

Que va-t-il se passer à cette date ?

Le 15 août, on mettra en place une émission télé qui sera en direct, et qui va consacrer à la levée de fonds pour cette grande ouverture, et travailler concrètement sur des choses qui seront vues tout de suite.

Donc, nous avançons très bien, car nous sommes techniquement organisés. Au jour d’aujourd’hui, l’Association de la Maison de l’Artiste est montée, elle existe, et nous avons déjà effectué 5 réunions.

J’informe que l’association est ouverte aux adhésions, les cartes sont disponibles. Les artistes qui souhaitent devenir membres de cette association seront accueillis à bras ouverts.

Quelles sont les conditions d’adhésion ?

Il faut tout simplement faire une demande écrite (saisie ou manuscrite) accompagnée de deux photos d’identité avant d’enregistrer la personne et faire sa carte d’adhésion.

Pour les artistes c’est gratuit. Mais pour le reste de la population, chaque personne peux adhérer avec une modique somme de 10.000 francs guinéens. Nous espérons que les gens seront solidaires à nos actions : comme pour imprimer les photos, mettre en place des espaces de vente pour les CD des artistes guinéens dont la totalité des fonds seront reversés aux artistes. Nous, on est pas habilité à toucher cet argent. Nous serons juste une plateforme. Peut-être nous verrons dans quelle mesure, nous allons prendre 5 ou 10% de cet argent pour l’entretien de la boutique.

Récemment, vous aviez adressé une lettre ouverte au Président de la République, Alpha condé. Il y’a eu un retour ?

Malheureusement, nous n’avons pas encore eu de retour de cette lettre ouverte. A cet effet, cela avait fait couler beaucoup d’encre et de salive. Certains pensaient que derrière cette lettre, il y’a une manipulation. Vous savez en Guinée, on nous prête toujours des actions auxquelles nous n’avons même pas pensées.

Nous avons écrit au Président de la République de la même manière qu’on pourrait avoir une sorte de parrain, de patriarche qui soit presque le porte bonheur de la chose. Et nous nous sommes dit que le Président de la République reste quand même la première personnalité du pays. Et comme c’est une action qui est pour une bonne visibilité pour les acquis culturels de notre pays, nous nous sommes dit que la première personne à solliciter pouvait être le Président de la République, ensuite très rapidement, le ministre en charge de la Culture.

Vous savez comment ça se passe dans notre pays, les choses peuvent être longues à venir. Mais je pense qu’il faut respecter les procédures et aller pas à pas. Donc, dès que nous allons commencer notre lancement de fonds, nous allons vers une démarche  bien physique et matérielle. Nous allons rendre à César, à ce qui appartient à César. C’est-à-dire, écrire au ministère en charge de la Culture pour du concret.

Si nous comprenons bien, ce projet n’est point d’ordre étatique ?

Justement ! Pour qu’on réussisse à pérenniser ce projet, il faut le détacher de la machine étatique. Nous devons aider l’État, il faut que les artistes comprennent que l’État à l’obligation de nous accompagner mais à condition, que nous soyons organiser à la base.

S’il n’y a pas d’organisation, on ne peut pas demander à l’État d’organiser, de coordonner et d’accompagner. Sinon, ça dévient une structure étatique. Or, il y’a beaucoup d’actions que les artistes font, ce sont des actions libérales. Si ces actions sont libérales, il faut avoir le courage d’admettre que nous travaillons pour nous-mêmes. Mais si nous voulons un accompagnement de l’État, il faudrait que nous ayons déjà réalisé et que l’État étudie si le label que nous avons défendu rentre dans le critère éligible de l’État. Parce que, ce n’est pas tout ce que nous faisons qui devrait être accepté par l’État. Il y’ a une question de discours, une question d’image et il faut en tenir compte.

Qu’est que vous avez voulu faire comprendre au Président de la République dans votre lettre ouverte ?

D’une part, je voulais qu’il fasse un geste symbolique pour nous, donner une maison. Parce que, je me suis dit que le Président est la seule personne qui pouvait nous donner une maison digne de ce nom. Comme nous n’arrêtons pas de dire que les artistes guinéens ont une valeur qui n’est plus à prouver.

Nous avons vu ce que Mory Kanté a fait à travers le monde. On a vu des japonais, des américains pleurer sa disparition. Concrètement, est-ce que Mory Kanté ne mérite pas un musée à hauteur de son talent ? Je dis oui.

Alors c’est pour cela que j’avais écrit au Président. Au de-là des fonds qu’il pourrait nous allouer, je voulais surtout au point de départ, que le Président nous donne officiellement cet espace : une maison ou une villa, un endroit où nous les artistes on pourra se donner la main pour bâtir cette maison.

Nous allons changer de sujet. Quelle sera la nouveauté à l’Agence Guinéenne de Spectacles après le Coronavirus ?

A la demande du ministre Mouctar Diallo qui a vraiment envie d’ouvrir les maisons des jeunes dans les quartiers, nous travaillons avec lui, sur un projet de délocalisation de beaucoup de spectacles vers ces maisons de la jeunesse sur la base d’une programmation trimestrielle et annuelle.

Donc, chaque trimestre, nous allons décliner une programmation en vue de donner de l’animation dans les quartiers pour les jeunes. Parce que la plupart des jeunes ont du mal à quitter leurs quartiers respectifs pour aller au Palais du Peuple.

Quel rôle va jouer l’AGS dans ce projet avec le ministère de la Jeunesse ?

C’est d’optimiser les investissements des différents producteurs de spectacles. L’AGS aimerait déployer des spectacles dans les quartiers pour aider à faire la promotion des artistes d’une part et d’autre part, les aider à vivre de leurs arts.

Retenez que les artistes sont dans un programme social qui a un faible coût. Mais si nous payons un artiste à 500 mille pour aller jouer dans une maison des  jeunes, et s’il fait ça 10 fois, ça peut faire un budget intéressant. Tout de suite, l’artiste sort de la précarité. Du coup, il pourrait gagner ce qu’un fonctionnaire peut gagner à la fin du mois voire même plus. Donc, c’est cette organisation que nous volons mettre en place en termes de spectacle pour aider à rentrer dans la ligne directive du Premier ministre qui est de retrouver du travail très rapidement.

Il faut maintenant faire de vraies propositions et qu’on aille sur le terrain. La chance qu’on peut bénéficier, c’est avoir des ministres conscients que ce travail peut se faire maintenant et qu’on n’est pas obligé de le remettre à plus tard.

Quand j’écrivais ce projet, j’avais l’aval de mon ministre. Donc, c’est la chance que j’ai de mon côté. Le projet a eu une bonne appréciation de tous les directeurs. Il était donc question de trouver la solution pour son exécution.

J’ai défendu le projet au cabinet, tout ça était beau, mais il était maintenant question de savoir où est-ce que nous allons présenter ces spectacles-là ? Et comment placer les artistes ? Ce travail a été fait. C’est une longue prospection.

Sincèrement, je suis contente. Parce qu’on a fait des réunions et ça fait 3 semaines que nous travaillons sur les maisons des jeunes, malgré le covid-19. Il faut absolument travailler maintenant pour préparer justement le monde des producteurs de spectacles. Sinon, ils vont revenir au Palais du Peuple.

Quel est votre mot de conclusion ?

Je prie le Bon Dieu que notre direction puisse relever les défis du spectacle vivant dans les quartiers. Et que la « petite artiste » que je suis avec toute mon équipe, que nous puissions réaliser ensemble, le projet de la Maison de l’Artiste Guinéen.

Il faut savoir que je bénéficie du parrainage de Maitre Barry, Célestin Camara qui sont des aînés qui me conseillent à tout moment et qui m’accompagnent pour garantir le sérieux que nous envisageons dans cette maison. Je remercie toutes les personnes impliquées dans ce projet.

Lisez Aussi La Première Partie : Plan de riposte : Sayon Bamba tire tout au clair

Par Ibrahima Soya (Sitanews, Conakry)

Partager

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici