Lauréate du Best world music album aux Juno Awards 2020, pour son opus Barokan (2020), Djely Tapa est le porte-étendard des musiques mandingues sur la scène montréalaise (Canada).

Contactée par notre rédaction, la chanteuse a bien voulu se confier sur son parcours et ses accomplissements dans son pays d’accueil.

Djely Tapa (Photo) : Facebook Nadine McNulty.

Bonsoir, peut-on savoir qui est Djely Tapa ?

Bonsoir Jean, Djely Tapa est une africaine, une fille de la grande tribu mandingue qui est née au Mali ; mais elle est également une québécoise, citoyenne du Canada, qui s’est mariée et vit depuis plusieurs années dans le nord de l’Amérique.

Djely Tapa est une griotte, une femme engagée, mais avant tout, un être humain comme tous les autres, qui s’est faite la voix des sans voix à travers sa musique.

L’intégration de la griotte mandingue sur la scène québécoise a-t-elle été aisée ?

Je dis souvent qu’au Mali je suis née griotte, mais c’est au Canada que je suis devenue artiste.

En plus clair, chanter et défendre les traditions de mes ancêtres, j’ai appris à le faire depuis ma tendre enfance. Mais monter sur scène, tenir un micro devant le public, aller en studio et mener une carrière musicale à proprement parler, je l’ai appris ici.

J’ai vécu plus longtemps au Canada qu’au Mali, et dans ce pays, mes connaissances musicales traditionnelles se sont enrichies avec la découverte du jazz, du blues et de bien d’autres styles occidentaux.

Je dois reconnaître que j’ai été aidée pour mon intégration sur la scène canadienne, par toute une communauté et des personnes qui ont vraiment cru en moi ; c’est le cas notamment de Lamine Touré, initiateur du Festival des Nuits d’Afrique, qui a été l’un des tous premiers à me tendre le micro et me donner la chance de monter sur scène.

Pour la suite, ma musique a très vite été appréciée par tout le monde ; c’est à croire que Montréal avait besoin de sa griotte.

Quel message délivre justement la griotte mandingue au public montréalais ?

Vous avez sûrement entendu parler de la charte mandingue de Kouroukan Fouga qui est aujourd’hui considérée comme l’une des plus anciennes références concernant les droits fondamentaux de l’homme…

En tant que griotte mandingue, héritière des traditions du grand empire de Soundjata Keïta, mon message se veut humanitaire comme cette charte.

Toute personne, mandingue ou montréalaise, qui vit selon une certaine éthique, qui aime le bien et qui respecte son semblable, devrait pouvoir se retrouver dans ma musique.

Le droit de vivre, de se nourrir ou de s’exprimer concerne tout homme, et c’est ce que je revendique dans ma musique.

Mon message est également orienté vers la femme noire, où qu’elle se trouve. Pendant longtemps, on lui a appris à mépriser chaque détail de son être, sa couleur de peau, ses cheveux et que sais-je encore ?

Être noire est désormais perçu par beaucoup de nos sœurs, comme un handicap à la beauté. Mais je veux rappeler à toutes que nous sommes belles comme nous sommes et que nous ne devons pas attendre l’estime d’autrui pour apprécier l’immense trésor que nous portons en nous.

Vous venez d’être primée à la prestigieuse de cérémonie des Juno Awards, après une saison jonchée de belles distinctions ; que ressentez-vous ?

De la satisfaction, car ces récompenses sont le fruit d’un très long cheminement,  avec de nombreuses difficultés.

Ce Juno Award du meilleur album word music de l’année m’encourage et bonifie ma carrière. Pour moi c’est un cadeau mérité, parce que mon équipe et moi avons injecté une dose importante de confiance et d’abnégation dans Barokan, l’opus qui m’a permis de décrocher le titre.

Grâce à cette distinction, il sera désormais plus aisé de vendre l’album, de tourner, d’avoir des cachets et de vivre de cette production, pour laquelle nous avons également beaucoup investi.

De quoi est-il question dans Barokan ?

Barokan, c’est ce que nous faisons en ce moment, parler, discuter ; l’intitulé de l’album est un vocable mandingue qui évoque l’idée de la communication.

Avec Barokan, j’indique qu’il est temps de s’assoir et de se dire les vraies choses, à quel propos me demanderez-vous…

Pour moi, il est temps de se dire les vraies choses sur notre identité, nos valeurs et bien sûr, sur la femme noire !

Je rappelle à cette dernière que beaucoup comme elle ont participé à la construction des plus grandes civilisations de ce monde. Aujourd’hui encore, la force de ces héroïnes sommeille en nous.

Afrofuturiste, mon album transporte l’auditeur dans une Afrique du futur, où des femmes, guerrières et courageuses, décident de s’impliquer un peu plus dans la gestion de la cité. Imaginez seulement que cela se réalise…

Un mot pour conclure ?

J’adresse mon dernier message à toute la jeunesse noire dont je fais partie moi aussi. Nous avons besoin d’espoir, de courage et de beaucoup de confiance en nous.

Si on ne se lève pas pour notre beau continent, personne ne le fera pour nous !

Interview réalisée par nos confrères de Music In Africa

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