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En 1976, le chanteur a été victime d’une spectaculaire tentative d’assassinat.

Bob Marley épluche soigneusement un pamplemousse dans sa cuisine, au 56 Hope road, Kingston. Cette maison luxueuse, dans le quartier chic de la ville, à deux pas de la résidence du Premier ministre, c’est Chris Blackwell, fondateur d’Island Records, son label, qui lui a donnée en paiement d’une partie de ses royalties. Il y vit, et y a installé son studio d’enregistrement et de répétition. À 20 h 30, sept hommes armés entrent dans la propriété et tirent comme des fous (cinquante-six balles) sur toutes les personnes présentes dans la pièce, avant de s’envoler dans la nuit. Bob est touché au bras. Sa femme, Rita, à la tête. Son manager a le corps criblé de balles. Par miracle, personne ne succombera. L’attaque a fait couler beaucoup de sang, mais aussi beaucoup d’encre, dont celle de Marlon James, dans l’excellent livre Brève Histoire de sept meurtres, paru chez Albin Michel en 2016. Pourtant, à ce jour, personne n’a été arrêté. Dans le premier épisode de leur série documentaire ReMastered sortie sur Netflix, Kief Davidson, qui avait déjà enquêté sur le commerce de l’ivoire en Afrique, a tenté de reconstituer les faits, vingt-deux ans après le drame. Il a interrogé des spécialistes de Bob Marley, ses proches, ainsi que des hommes politiques, dont l’ancien Premier ministre Edward Seaga… En effet, la tentative d’assassinat du chanteur est indissociable du climat politique extrêmement tendu de l’île.

Ce soir-là, Bob est avec les Wailers, en train de répéter le concert géant qu’ils vont donner gratuitement aux Jamaïcains deux jours plus tard. Smile Jamaica est un petit cadeau de Noël en avance, pour promouvoir la paix sur l’île. Car depuis que le socialiste Michael Manley a été élu Premier ministre en 1972, les États-Unis, terrifiés à l’idée que la Jamaïque ne devienne un régime communiste comme Cuba, ont mené une campagne de déstabilisation (en armant par exemple les opposants de Manley) qui a plongé cette petite île aussi pauvre que paradisiaque dans le chaos. En 1974, la violence a atteint un tel niveau que Manley a dû déclarer l’état d’urgence et installer des tanks et des soldats dans les rues. La classe moyenne et supérieure quitte le pays, et les Jamaïcains qui n’ont pas les moyens de partir manquent de tout, font la queue pendant des heures pour un peu d’essence ou de riz, quand ils ne se font pas tirer dessus en plein jour dans la rue. Dans leurs rapports, produits dans ce documentaire, les agents de la CIA décrivent Marley comme un élément « subversif ».

Dans Rat Race, Marley répond : « Political violence fill ya city… Don’t involve Rasta in your say say ; Rasta don’t work for no CIA. » [1] Il a 31 ans et c’est une des plus grandes stars de la planète. Pas facile de ne pas se faire récupérer par les politiciens roublards jamaïcains, les « politricks » comme il les appelle avec dédain. Or, c’est exactement ce que fait le Premier ministre, en décidant d’organiser des élections anticipées dix jours après le concert. Ainsi, la population aura l’impression qu’il le fait pour le soutenir…

Les membres du JLP, parti libéral d’opposition, auraient-ils commandité l’attaque pour se venger ? Officiellement, Jim Brown, un des bras armés, a été vu par Bob Marley ce soir-là… Mais les hommes de main du PNP chargés de la protection de Bob autour du concert se sont mystérieusement éclipsés juste avant l’attaque. On parle aussi d’une sombre affaire de racket lié à une arnaque aux courses de chevaux dans laquelle le meilleur ami de Bob, Allan Cole, avait trempé. La CIA serait aussi impliquée… Le documentaire ne tire pas de conclusion.

Le chanteur, lui, s’est exilé à Londres après ça. Il ne remettra les pieds sur l’île que deux ans plus tard, pour le One Love Peace Concert, en avril 1978. Organisé à son initiative avec les deux leaders des gangs du PNP et du JLP, le concert était censé mettre fin à leurs violences, qui n’ont fait qu’empirer depuis son départ, et cette fois, le concert est clairement organisé par les Wailers et le bureau culturel du gouvernement. Sur scène, dans une séquence devenue mythique, Marley a même appelé les dirigeants Edward Seaga et Michael Manley, et leur a fait se serrer la main. Les deux politiciens ennemis jurés, visiblement mal à l’aise, ne pouvaient pas refuser devant ce public extatique. Mais ça n’a pas suffi à maintenir la paix. « One good thing about music, when it hits you you feel no pain. [En français : « Une bonne chose à propos de la musique, quand il vous frappe vous vous sentez aucune douleur].

Dans un documentaire, Netflix tente de faire la lumière sur cette sale affaire. Le lien : https://www.youtube.com/watch?v=MbRamkuMUHI&feature=emb_logo

Par Anne-Sophie


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