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Sista BLUNTY éprouve une passion irrésistible pour les 33 et 45 tours !  De 1996 à nos jours, elle a la main sur la platine. BLUNTY est comptée parmi les plus grands collectionneurs de vinyles de la musique reggae en France. Très fréquente dans les Sound System et dans les gros concerts et festivals à travers l’Europe, la Jamaïque et l’Afrique pour des sessions live, cette inlassable militante de la liberté et fervente défenseuse de la paix et la justice pour tous, a bien voulu se prêter à nos questions. Avec Sista BLUNTY, on fait le tour du cosmos reggae. Lisez ! C’est à bâtons rompus !

SITANEWS : Votre petite histoire avec les Vinyles ? 


(Photo) Sista Blunty et les vinyles, c’est une longue histoire

« J’ai été baignée déjà naturellement dans mon enfance »

Sista BLUNTY : Mes parents écoutaient des vinyles. Et donc, j’ai évolué au quotidien avec cet objet. Ensuite, j’ai commencé à aller dans les Sound System à Paris à partir de 1994 où on ne jouait uniquement qu’avec des platines de vinyles. Parce qu’à l’époque, l’ordinateur était rare et les MP3 n’existaient pas.

Avec l’évolution naturelle de la musique, j’étais très attachée aux vinyles pas comme un objet simple, c’est-à-dire, un objet un peu à part  qu’on peut palper, une pochette ou un macaron. En gros, tout ce qu’on peut trouver au milieu du disque avec le nom du label et de l’artiste.

J’ai été baignée déjà naturellement dans mon enfance. C’est donc une suite logique. Cette complicité est née naturellement avec l’histoire de mes parents qui écoutaient beaucoup du rock, des albums de Jimmy Cliff, de Bob Marley, Peter Tosh, etc. Ce sont ces vinyles originaux et de premières éditions que j’ai récupérés. Ensuite, j’ai commencé à aller chez les disquaires très spécialisés dans le reggae à Paris. Donc, la petite histoire a commencé comme ça.

Quelle est la nature du message que vous véhiculez  dans vos sessions ?

Comme le reggae est une musique du peuple, du ghetto, par ricochet elle exprime la souffrance, l’injustice. Alors, étant donné que je suis une femme et je suis rastafari, j’ai déjà le principe de ne pas passer des messages dégradants. Mes messages sont positifs, ils sont pour l’amour, la justice, la paix et l’unité entre les peuples, en sachant que si on n’a pas la justice, on ne peut pas obtenir la paix. 

Avez-vous un attachement particulier à certains de vos vinyles ?

« J’ouvre toujours une session par une chanson de Bob Marley »

C’est sûr que les vinyles plus anciens comptent plus pour moi. Parce que ce sont des éditions originales qui n’ont pas été repressées. On ne les retrouve pas facilement. Ce sont des œuvres qui me tiennent à cœur. C’est beaucoup de musiques bien sûr que je joue : des Roots reggae, des albums de Bob Marley, Bunny Wailer, The Congos, Burning Spear, en gros, des musiques de rastafari, des disques qu’on va moins trouver. Mais je n’ai pas d’attachement principal. Parce que, quand on est collectionneur et qu’on est passionné, tous les disques ont une valeur sentimentale. Mais après quand je fais des sessions, il y’a une particularité chez moi. C’est-à-dire, j’ouvre toujours une session par une chanson de Bob Marley, le King of King.

(Photo) Sista BLUNTY en pleine session

Le reggae incarne la pureté dit-on. Quel est l’impact de cette musique sur les peuples ?

Le reggae c’est comme une arme et un bouclier en même temps. C’est-à-dire, ça permet à tous les acteurs du reggae de pouvoir se défendre, de dénoncer l’injustice et les tares de la société. Mais aussi, le reggae parle d’amour, d’unité. Mais surtout, j’insiste sur la justice, parce que tant qu’il n’y a pas de justice, il n’y aura pas de paix. C’est ça la libération de tout un peuple surtout le peuple noir.

(Photo facebook) Sister une femme engagée pour la cause des peuples

« Le reggae est la voix du peuple et de la justice »

Cette question est très importante, parce que jusqu’à aujourd’hui, le reggae même s’il est parti de la Jamaïque et puis, il s’est développé dans le monde entier, il est beaucoup plus révélateur en Afrique. J’ai joué dans les festivals en Éthiopie, en Côte d’Ivoire et partout en Afrique, je trouve que ce poing en l’air qui vient exprimer la libération des peuples, la justice pour tous à travers le reggae est encore plus pertinent. Ce qui veut dire qu’il y’a une résonance particulière du reggae beaucoup plus forte en Afrique pour cette libération du peuple. C’est pour vous dire que le reggae est la voix du peuple et de la justice.

Bob Marley en plus d’une icône, était perçu comme un « Prophète du reggae ». Que retenez-vous de cet homme qui a su endoctriner des générations ?

Pour moi, c’est quelqu’un qui de par sa musique et de par ses origines métisses, a réussi à unifier les peuples. Aussi, c’est le messager de l’amour, de la paix, de l’unité, des droits de l’homme et un vrai combattant de la liberté. Au-delà de tout, Bob était un visionnaire au même titre que Marcus Garvey.

Je pense que Bob sera toujours vivant tant qu’on écoute sa musique. C’est lui qui a quand même réussi à monter sur scène et faire réunir la main dans la main, de deux politiciens ennemis jurés, très opposés qui étaient Edward Seaga et Michael Manley et ça ce n’est pas rien. (Voir ci-dessous)

Bob Marley réconcilie les politiciens Edward Seaga et Michael Manley

C’est le seul artiste qui a pu réunir le peuple jamaïcain à travers le One love peace concert. C’était un grand concert tenu le 22 avril 1978 au National Stadium de Kingston, en Jamaïque. Ce concert a eu lieu pendant une guerre civile politique en Jamaïque entre les partis opposés du Parti travailliste jamaïcain et du Parti national du peuple. C’est pour vous dire que Bob Marley était vraiment un ambassadeur de l’unification des peuples.

Quel est votre regard sur l’exil du reggaeman guinéen Takana ZION suite à sa récente sortie médiatique très « virulente » contre le régime Alpha Condé ?

Ce que je trouve déplorable, c’est qu’il n’y a pas donc de liberté d’expression dans un pays qui s’appelle la République Démocratique de Guinée. Comment un artiste en l’occurrence Takana Zion qui a toujours été fervent défenseur aussi de la liberté d’expression, et qu’à la suite d’une intervention téléphonique via les « Grandes Gueules » d’Espace Fm Guinée, qu’il soit menacé et forcé de sortir du pays. Je me dis qu’il n’avait pas le choix que de sauver sa vie. Sinon, il allait être emprisonné jusqu’à fin octobre [le lendemain des élections présidentielles en Guinée NDLR]. Je trouve cela non seulement triste pour la démocratie et pour la liberté d’expression, mais ça montre aussi à quel point Alpha Condé a un pouvoir antidémocratique vis-à-vis du peuple et des artistes qui prennent position.

Selon vous, que représente Takana pour le peuple de Guinée ?

« Il représente la voix du peuple (…), c’est un génie (…) »

Takana est un artiste de génie. Moi je connais énormément d’artistes, j’ai travaillé avec beaucoup d’artistes en Jamaïque et partout. En effet, Je n’avais jamais rencontré un artiste qui n’a pas besoin d’un stylo et d’un cahier pour faire ses chansons. Mais je me suis aperçue que Takana ZION est un artiste qui n’écrit pas ses chansons sur un cahier. Il a l’inspiration divine qui le transperce, il va en studio et il chante. C’est un génie ! Ensuite, c’est un fervent défenseur de liberté qui veut amener chaque guinéen à réfléchir individuellement, de façon indépendante sans être influencé par la famille et par quoi que ce soit.

Takana représente la voix du peuple. C’est un homme qui n’a pas peur de se lever et crier haut et fort ce qu’il pense. C’est un digne représentant de Kanamacina, de son père Don Soumah qui a été aussi un homme d’État.

Takana veut aussi relever la Guinée et l’ouvrir au monde comme c’est le cas pour nombreux autres pays africains. Takana est un espoir du peuple, il n’y a pas de doute mais après, il est perçu comme un danger pour le gouvernement d’Alpha Condé. C’est dommage !

Par SITANEWS, Paris


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