C’est une première sur Sitanews ! Natu Camara, l’autre chanteuse guinéenne globe-trotter répond à nos questions. Son odyssée artistique, ses projets, nous les avons tous décortiqués au trognon dans cette interview. Nat, son petit nom, ça vous dit ? Elle a porté pendant de longues années le poumon harmonique du groupe de rap féminin, Ideal Black Girls. Nous l’avons rencontré à Conakry – Interview grand format.

Comment se passe votre séjour à Conakry où les activités culturelles sont en ce moment à l’arrêt, en raison du Covid ?

Je suis très occupée. Je fonctionne. Je bouge depuis que je suis là. Puisque, ce n’est pas la musique seulement que je fais. Je travaille aussi sur le projet « Les 72 heures du Livre ». Cela, en tant qu’Ambassadrice de « Conakry, Capitale du Livre ». En plus, je travaille avec les filles que je forme. J’ai un calendrier plein, notamment, avec ma « Fondation Dimedi » qui me préoccupe beaucoup. J’essaie de travailler sur tous les projets que j’ai dans le futur. En même temps, parvenir à faire quelques musiques avec les anciens d’ici. En gros, je profite de mon petit temps libre pour me ressourcer.

Le Covid a causé des centaines de milliers de morts à travers le monde. Comment avez-vous vécu ces moments de grande peur aux États-Unis ?  

J’avoue que cela n’a pas été facile. Moi, en 2020, j’avais une belle tournée. Mais toutes mes dates ont été annulées. Du coup, tous les travailleurs du monde ont été barrés. Nous, les artistes et les promoteurs, en avons payé le lourd tribut. Vous savez, nous ne pouvons pas travailler à partir de la maison. Notre travail se fait dehors. Donc, quand tout est annulé, nous sommes aussi pénalisés. Mais, moi je ne suis pas restée tranquille durant cette crise. La plupart de nos tournées ont été réalisées, mais en mode virtuel.

J’ai aussi profité durant cette période de pandémie pour installer mon studio chez moi. Ensuite, travailler sur le projet de mon deuxième album. J’ai également saisi ce temps de crise pour organiser. Parce que le Gouverneur de New York m’a donné l’opportunité de faire un concert lorsque c’est ouvert sur le Parc. Je préparais cet événement, et aussi, mon album qui est financé par le Gouverneur de New York. Également, je bosse surtout sur ma fondation.

« Look in the mirror » est bien appréciée. Que racontez-vous dans cette chanson ?

« Look in the mirror » veut dire : « Regardez dans vos miroirs ». Ce morceau teinte au vitriol, des mauvaises décisions que prennent les politiciens. Il dénonce les personnes qui décident et qui font partie de la destruction de ce monde.

Le message véhiculé dans cette chanson est ceci : « avant de décider quoi que ce soit, il faut regarder dans le miroir ». Dis-toi que ce que tu fais là, est-elle l’histoire que tu veux laisser sur terre ?  »

« Look in the mirror » est une chanson que j’ai écrite pendant mon séjour en Jamaïque et puis, d’un coup, la mélodie m’est venue en tête. Ce n’est pas une chanson enregistrée – tout est en live : la vidéo y compris la chanson. Au lieu de louer tout un studio, on a utilisé mon toit pour réaliser tout ça. Puisqu’on était pas autorisé en ce moment à jouer dehors. On voulait faire quelque chose de différent pour le festival de Louisiane. Alors, on s’était dit : pourquoi ne pas réaliser la chanson qu’on avait improvisée en Jamaïque, c’est-à-dire « Look in the mirror » ? On estimait d’ailleurs que c’était la bonne occasion, puisqu’il y avait Donald Trump qui nous soûlait en ce moment. Du coup, on s’était dit qu’on pouvait taper fort avec, vu que le morceau parle de la politique, des mauvais leaders, des rebelles, des gens qui jettent les bombes dans les pays.

Vous venez d’être nommée Ambassadrice de « Conakry, Capitale du Livre ». Quel est le ressenti ?

Ce n’est pas le titre d’Ambassadeur qui compte le mieux, mais le respect et la considération qu’on nous a accordés. Personnellement, cela me va droit au cœur. Mais moi je soutiens « Conakry, Capitale du Livre » bien avant que je ne sois Ambassadrice. Parce que la lecture est nécessaire – et Sanssy Kaba est mon ami de promotion à l’université. Je le supporte quel que soit p(x). Être Ambassadrice, c’est un grand honneur, mais avant de l’être, cela a trouvé que je fais déjà ce travail et je soutiens l’idée. C’est-à-dire, apporter ma petite contribution à la promotion de la lecture en Guinée.

C’est vraiment salutaire que Sanssy Kaba pense à nommer des femmes. Parce que souvent ici, en Guinée, les gens ne mettent que les hommes en avant. Alors, si M. Kaba augmente le nombre de femmes dans son circuit comme la jeune Sira Condé, qui est aussi une chanteuse, je trouve ça magnifique.

En Guinée, vous militez pour la cause de la jeune fille. Pouvons-nous en savoir davantage ? 

Oui ! justement ! Je milite pour la bonne cause de la jeune fille. L’idée, c’est de permettre à la jeune fille guinéenne de s’exprimer, de se cultiver, de s’éduquer et surtout, d’être indépendante. L’un de mes soucis, c’est de voir comment rendre les jeunes filles guinéennes autonomes pour qu’elles soient beaucoup plus respectées.

En tant qu’artiste, j’ai plus d’influence sur les jeunes filles. Quant aux mères et femmes âgées, on ne peut que les sensibiliser. C’est ce que je fais en longueur de journée, et je commence par ma propre mère. Cette opération doit aboutir à un changement quelque part. D’ailleurs, c’est l’une des raisons qui m’ont poussées à créer la « Fondation Dimedi » qui contribue à l’éducation des enfants notamment : les jeunes filles. Nous leur permettons d’avoir l’ouverture du dialogue, de s’ouvrir pour parler de leurs problématiques. Aussi, nous les guidons également sur leurs choix universitaires et comment trouver de l’emploi après les études.

Au total, j’ai 22 filles au compte de la fondation et je ne suis pas seule à les encadrer. Je travaille avec des femmes qui sont dans le Gouvernement et dans d’autres fonctions. Dans chaque domaine, je confie chacune des filles à une dame qui servira de guide. Chaque deux mois, elles se rencontrent pour échanger. Le problème en Guinée, c’est que les jeunes filles n’ont pas de guides. Disons, si tu as des parents qui ne sont pas intellectuels, alors, comment peux-tu t’inspirer ? Moi je suis artiste, je ne peux pas dire à tout le monde de devenir artiste, mais j’ai des médecins, des diplomates et des politiciennes qui sont avec moi et qui pourront servir de repères pour les jeunes filles de ma fondation.

Votre album solo « Dimédi » est sorti en novembre 2018 à Conakry. Il est nourri de diverses sonorités. Il parle à un large public. Êtes-vous satisfaite du travail ? 

Bien sûr, je suis très satisfaite de mon album « Dimédi ». Cet album est l’ensemble des expériences que j’ai acquises entre l’Europe et les USA musicalement. « Dimédi » a été composé et produit par moi-même – et la plupart des instruments sont aussi joués par moi. Donc, je suis très fière de ce travail – il est le fruit de mes longues années de travail et de courage. C’est le même album qui m’a rendu la seule guinéenne qui tourne aux USA et dans le monde. En plus, il m’a ouvert toutes les portes aux États-Unis. Puisque bien avant, ma carrière n’était pas à ce niveau. Grâce à cet album, j’ai mis en place ma fondation – je côtoie des gens du pouvoir aux USA. Ce qui me permet aujourd’hui de voyager partout – et de ne pas faire de petits boulots aux États-Unis. Je vis de ce disque. Malgré que je n’ai pas eu de producteur, ni de sponsor pour le réaliser, je peux dire que c’est un succès et j’en suis fière.

Vous savez, en Guinée, les gens ne sont pas habitués à ce genre de musique. Mais bon, moi je crée toujours et j’éduque. « Dimédi » n’est pas un album de hit dont les guinéens sont habitués. Mais c’est un album qui va rester dans le salon des gens jusqu’à ce que je meurs et 100 ans après, on peut toujours l’écouter. On appelle ça aux USA, the record. Les hits musics sont juste écoutés pendant un petit moment et après, ils meurent carrément. Par contre, les albums de record restent et demeurent pour la vie.

En quoi peut-on résumer cet album de 12 titres ?

« Dimédi » est un album d’évaluation et de reflet. Parce que, les chansons sont diverses. D’autres me recommandent de faire les mêmes styles. Je peux le faire mais, j’ai mis toutes mes expériences sur le rock, la soul et de la pop music. Il y a une chanson ‘’monstre’’ qui n’est pas écoutée ici en Guinée. Par contre, dans mes concerts à l’international, c’est l’une des chansons qui affolent le public. Les gens n’arrivent pas à comprendre comment je fais du rock jusqu’au milieu et puis, changer carrément avec un traditionnel complètement guinéen. C’est fort ! C’est une technique musicale que j’ai employée et je vais beaucoup l’utiliser dans mon deuxième album. Parce que j’ai vu que ça marche. C’est de l’afro-rock et la soul. C’est un style très peu connu. En Afrique, la seule personne qui a fait l’Afro-rock s’appelle : Fela Kuti [célèbre artiste nigérian décédé le 2 août 1997 NDLR].

Mais moi, comme mon inspiration est basée sur Myriam Makeba, Tina et Paul Simon, je veux prendre la Guinée et la mettre juste au milieu de l’afro-rock. Je suis capable de le faire. Espérons que ça servira à la jeunesse de demain et prendra le nom de la Guinée aussi loin que possible.

Votre intégration artistique n’a-t-elle pas été difficile aux États-Unis ?

Pas facile. J’ai beaucoup galéré. J’ai fait des petits boulots comme tout le monde. J’ai travaillé dans les magasins, mais j’ai aussi été à l’école. Donc, j’ai suivi d’abord la discipline de l’aventure. Puisque moi, je m’éduque et ça va toujours avec ma musique.

Quand j’ai décidé de revenir totalement dans la musique, j’ai eu la chance de côtoyer beaucoup d’artistes aux USA. Mais souvent, ils me posent la question de savoir d’où je viens ? Quand je dis de la Guinée, ils me disent la Guinée, c’est où ? J’ai eu pas mal de phrases qui m’ont vexées. Par exemple : « Aï ! Toi, tu es très jolie pour la Guinée ». Parce qu’ils pensent tout simplement que là-bas, les gens dorment sur les arbres. Ensuite, ils pensent qu’en Afrique, les gens n’ont pas où habiter.

Je suis obligé parfois d’aller sur Google pour leur montrer des belles maisons et les guinéens qui ont fait un grand succès quelque part. Cette réalité m’a éduqué, je me suis dit, qu’il faut que je leur montre c’est où la Guinée. Pour ce faire, il fallait que  je trouve un chemin pour représenter la Guinée d’une manière crédible.

Mais puisqu’avec Ideal Black Girls, le groupe était beaucoup plus dégourdi, on avait trop voyagé, je suis partie avec la même énergie. Aux USA, j’ai pris des musiciens et on a commencé à jouer dans les cabarets, dans les bars et dans les cafés, les matins et les week-ends. A chaque fois qu’on jouait, les gens disaient : « Waw, attend d’où elle sort celle-là ? » C’est à partir de là, j’ai décidé d’inventer quelque chose d’attraction et créer le pont. Avant, je me discutais avec les gens – mais j’ai arrêté ça – et j’ai préféré les éduquer. Aujourd’hui, je suis une artiste internationale, mon travail est de vendre mon pays et vivre de mon art.

Vous avez participé en janvier dernier avec Angélique Kidjo, Rokia Traoré et bien d’autres stars, au festival globalFEST qui est l’un des plus grands showcases en Amérique du Nord. Quels sont les avantages ? 

C’est une grande ouverture pour moi. globalFEST est un festival très important. Ça prend beaucoup de travail pour être dans ce festival. Je suis très honorée d’être parmi les participants. Puisque le festival globalFEST est un cercle, un réseau de tous les grands producteurs et promoteurs du monde. Tu ne peux pas jouer dans ce festival et ne pas pouvoir tourner dans le monde. Donc, mon marché est ouvert grâce à ce festival. C’est vrai que j’avais tourné en Amérique du Nord. Mais maintenant, je dis Dieu merci. Les différents festivals m’ont ouvert la porte de la persévérance. Pour moi, c’est une bénédiction et c’est un don du Tout-Puissant. Je suis très contente pour ça et je prie Dieu que ça continue.

Lien important : https://www.youtube.com/watch?v=VF411hFXtI0

Vous avez aussi participé aux Festival de Musique du Monde de Madison, Mondokarnaval, Global Querque (le plus grand festival à New Mexico). Comment vous vivez toutes ces expériences ?

J’utilise ces tournées pour apprendre. Je grandis avec ces tournées. Quand je vais en tournée, ce n’est pas seulement le plaisir, mais j’en profite. La scène c’est ma maison. Quand je suis sur scène, c’est fini – je suis au paradis – j’ai la gaieté, mais j’apprends. J’utilise toutes mes tournées pour pouvoir me faire des contacts pour mes propres projets. J’utilise toutes les possibilités pour promouvoir aussi la Guinée. En gros, je saisis toutes ces occasions pour faire grandir ma connexion et vendre mon pays.

Vous étiez la seule chanteuse conviée par l’Ambassade de France en Amérique pour animer la fête Internationale de la Francophonie en mars 2019. Pourquoi vous ? Et dans quel esprit avez-vous répondu à cette invitation ?

Moi-même je ne sais pas honnêtement pourquoi. Mais chaque année, la Francophonie choisit les candidats. Tous les pays de la Francophonie participent à cet évènement et chaque pays présente un artiste. Souvent les organisateurs prennent des maliens, des béninois et d’autres. Et plusieurs fois, des artistes guinéens ont été présentés, mais personne n’a été choisie. Cette fois-ci, j’ai un ami qui travaille à l’ambassade et qui m’a appelé en me disant qu’il y a une opportunité, que de venir les honorer cette année. Il me dit : nous allons soumettre ton travail mais qu’il y a beaucoup de bons artistes. Donc, c’est comme ça on a envoyé mes vidéos et j’ai été sélectionnée pour représenter la Guinée et animer la soirée. C’est avec honneur que je l’ai fait. L’ambassade était très contente et les guinéens qui étaient dans la salle étaient très fiers de moi.

Quel est le nouveau calendrier de Natu CAMARA ? 

Aucune date n’est prévue. Mais ce qui est sûr, je vais sortir mon nouvel album cette année-là. Normalement, c’était prévu l’année dernière, mais à cause de la pandémie, on n’a pas pu. Je travaille sur ce projet en coulisse. Mais espérons que d’ici à la fin de l’année, nous puissions le sortir. C’est ça l’objectif et j’espère que je serai totalement prête d’ici là.

J’ai fait des concerts virtuels durant le mois de mars. J’ai fait des panels avec les étudiants. J’ai des tournées au cours de l’année, mais ça dépendra de la courbe que va prendre la pandémie. Puisqu’aux USA, on ne peux regrouper plus de 50 personnes. Le monde de la scène n’est pas entièrement ouverte encore. C’est comme en Europe. Pour le moment, nous sommes en stand-by. Le 25 avril je dois participer au festival international de Louisiane. Le 1er mai, j’ai un concert à New York avec Kentucky Derby Festival dans une grande salle où le nombre de places est limité.

Lien important : https://www.youtube.com/watch?v=QWPkWy3hkMg

Pour finir, peut-on dire que le groupe Idéal Black Girls est mort ? Quelles sont les nouvelles des autres éléments ?

Le groupe Ideal Black Girls n’est pas mort. La preuve est que, je suis là, et les autres aussi. Nous sommes des meilleures amies. Nous sommes des sœurs. Nous ne sommes jamais séparées. On a fait deux albums. Nous n’avons pas d’album actuellement, mais il n y a jamais eu de dislocation du groupe. Je suis tout le temps avec elles. Pour votre information, il y a Hadji qui travaille sur son album solo.

Il y a aussi une possibilité de revenir si ça trouve que toutes les quatre le veulent. Mais pour les réunir, il faut trouver un bon hôtel, un bon studio et ça coûte cher. Donc, il faut qu’il ait un producteur qui peut assurer la rencontre des quatre. Sinon, on est là, on se parle tout le temps et c’est la même chose depuis le début des Ideal. Comme je vous le dis, nous restons des sœurs et nous n’avons pas d’autres amies.

Comment expliquez-vous, toutes ces belles années de succès du groupe Ideal Black Girls ?

Rien qu’une progression et une fierté. Nous sommes les premières et je suis très fière d’être une des pionnières en Guinée à donner l’invocation à la jeune fille guinéenne. Quand on venait, les filles n’osaient même pas parler. Quand nous sommes venues – on nous disait que nous étions des rebelles – que c’est nous qui créions de la zizanie dans le pays. Mais après, ils ont supporté – tout le monde a adhéré – même le gouvernement, tout le monde a suivi. Pourquoi ? Parce qu’ils ont vu que nous étions exemplaires. Toutes les quatre personnes, nous étions parmi les dames les plus disciplinées dans ce pays. Pas de prostitution, pas d’escroquerie derrière les garçons, pas de jalousie négative, pas de faux problèmes de femme, pas de « séré Mamata » ou « séré Bintou ».

Nous étions tout le temps occupées sur les études et sur la musique. Souvent, quand on s’assoie ensemble, on se dit : mais quand même attendez, qu’est-ce que nous avons fait de notre jeunesse ? Nous n’avons pas blagué ? Parce qu’on n’a jamais eu le temps de blaguer. Donc, ça nous forge. Ideal Black Girls est une école, une référence pour moi. Toutes les quatre jeunes filles se sont éduquées elles-mêmes. Elles se sont rendues les femmes les plus inaccessibles de ce pays-là (la Guinée NDLR].

Aujourd’hui, si je veux donner l’exemple aux jeunes filles, je leur dit toujours : soyez comme Ideal Black Girls. Ça veut dire qu’elles doivent contrôler leur caractère. Nous ne faisons que travailler. Nous n’avons pas eu le temps de s’amuser. Lorsqu’on partait dans les clubs, c’était pour travailler. Sinon on était toujours à la maison.

Il y a Miss Bah et Hadji qui sont à Paris. Elles travaillent toutes. Personne n’est partie pour s’assoir et attendre que son mari paye le loyer. Dine est en Guinée actuellement, elle est dégourdie, elle est responsable de toute sa famille. Aujourd’hui, chacune de nous est indépendante. Partout où je vais, je dis que Ideal Black Girls sont des femmes indépendantes depuis l’âge de 13 ans.

Propos recueillis par Ibrahima SOYA

SITANEWS©, Correspondance Conakry

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