Du 22 au 24 octobre 2026, Ouagadougou (Burkina Faso) sera le cœur battant de la musique africaine à l'occasion de la 9ᵉ édition des Rencontres Musicales Africaines (REMA) ! Ce rendez-vous incontournable de l'industrie musicale arrive avec d'importantes nouveautés.
Portées par la Cour du Naaba, les REMA constituent depuis 2018 un espace de réflexion, de formation, de rencontres professionnelles et de découverte autour de l'économie et des mutations de l'industrie musicale africaine. Autour du thème « Followers : de passifs à actifs », Alif Naaba, directeur du festival, partage la vision, les ambitions et le message de cette édition.
MT : Bonjour Alif Naaba, à quels besoins de l'industrie musicale africaine répond la création des REMA ?
A.N : Les REMA sont nés du fait que nous voulions, en tout cas, faire de Ouagadougou, en premier lieu, un incubateur important pour la musique, un lieu de réflexion. Parce que nous avons vu aussi que, dans notre industrie musicale, il manque des chiffres.
Des chiffres pour pouvoir corroborer les données, des chiffres qui permettent éventuellement d'affermir un peu l'économie autour de la musique, des chiffres qui crédibilisent aussi cette industrie-là auprès de nos gouvernants. Parce que, vous savez, ce qu'il est donné de remarquer, c'est que, dans cette industrie, dans presque tous les pays, on ne trouve pas de chiffres, notamment des chiffres qui permettent à l'État ou aux États de se rendre compte de l'impact réel de la musique et de son industrie en général sur le développement de nos pays. Et donc, on s'est dit qu'il fallait créer trois jours de réflexion qui permettent de rassembler les chiffres, de partager les informations, de partager aussi les bonnes pratiques.
MT : À l'occasion de la 9ᵉ édition des REMA, quel regard portez-vous sur l'évolution de cet événement depuis sa création à Ouagadougou ?
A.N : Neuf ans, ce n'est pas neuf jours : c'est le franchissement d'un cap symbolique et le témoin d'un parcours exceptionnel dont nous sommes très fiers. À nos débuts, l'aventure est née en toute modestie, autour d'une poignée de professionnels, six ou sept tout au plus. Au fil des éditions, le projet a pris une véritable ampleur.
D'abord porté par les acteurs culturels du Burkina Faso, puis par ceux de la sous-région, l'événement s'est progressivement ouvert à l'ensemble du continent et au monde entier. Historiquement axé sur la formation, les panels de discussion, le networking, les rencontres B2B et les showcases, l'événement s'est enrichi depuis quatre ans d'un volet festival grand public avec le REMA Play, qui lui a donné une dimension inédite.
Aujourd'hui, forts de cette belle maturité, nous continuons d'exiger l'excellence pour faire grandir chaque édition. Cela s'illustre par le thème de cette 9ᵉ édition, « Followers : de passifs à actifs », qui répond aux exigences actuelles du marché de la musique.
MT : Le thème de cette 9ᵉ édition est « Followers : de passifs à actifs ». Pourquoi cette thématique est-elle devenue une urgence pour l'industrie musicale africaine aujourd'hui ?
A.N : Alors, chaque année, vous voyez des éléments de thématique qui sont liés directement à l'économie de la musique, parce que c'est notre ADN. Cette année, nous avons voulu aborder ce qui est d'actualité. Il y a beaucoup d'artistes qui comptent de nombreux followers et, malheureusement, ces followers ne sont pas engagés quand il s'agit de passer à l'acte : acheter les œuvres ou aller aux concerts et payer les tickets.
Nous voulons donc mettre cela sur la table, en échanger et trouver des solutions qui puissent engager davantage les followers, de telle sorte qu'ils passent du simple like à l'achat. Pour nous, c'est quelque chose de très important. Mais aussi, dernièrement, j'ai écouté les acteurs d'un certain nombre de pays de la sous-région, que je ne citerai pas, qui se plaignent du fait qu'aujourd'hui leurs artistes et leurs territoires ne sont pas monétisés. Ce sont des problématiques qui peuvent entrer dans cette thématique dont nous allons parler.
Pour nous, il est urgent aujourd'hui que l'intention et l'action aillent de pair : que les gens posent des actes en likant, mais qu'ils agissent aussi en allant aux concerts et en achetant les œuvres de leurs artistes. C'est ce qui va vraiment nous permettre, par la suite, de mieux mesurer la portée et l'impact réel des followers sur les réseaux sociaux quant au soutien apporté aux artistes.
MT : Quel est votre appel aux acteurs culturels, aux artistes et, je dirais, à tout l'écosystème de l'industrie de la musique, ainsi qu'au public du Burkina Faso, qui convergeront vers Ouagadougou pour cette nouvelle édition des REMA ?
A.N : À tous les professionnels, au public et à tous ces acteurs qui convergeront cette année, mon appel, c'est de leur dire : vous êtes les bienvenus au Burkina. Nous vous attendons au pays de Thomas Sankara, au pays du capitaine Ibrahim Traoré.
Aujourd'hui, le Burkina est devenu un énorme incubateur, ouvert à la musique d'Afrique et du monde entier, où les idées et les propositions sont accueillies. Et donc, nous attendons tous les professionnels à Ouagadougou pour passer ces moments ensemble, pour échanger, pour construire ensemble notre écosystème, notre industrie. Nous vous attendons les 21, 22, 23 et 24 octobre à Ouagadougou pour vivre des moments magiques et une neuvième édition magique des REMA !
Interview réalisée par Mory Touré
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