DOSSIER. Depuis quelque temps, la qualité des œuvres musicales guinéennes est remise en cause. Et cela suscite beaucoup d’interrogations sous divers angles. L’obscénité – la vulgarité et la dépravation des mœurs sont autant d’aspérités que dénoncent aujourd’hui, la quasi-totalité des mélomanes guinéens. Ce qui justifie pour d’autres, un véritable blocus pour l’exportation des œuvres musicales guinéennes sur des grandes scènes internationales. L’on estime que le contenu des chansons est vide de sens alors, impertinent – du verbe bien taillé de façon à exciter tout tabou.
C’est le même jugement que fait Ibro Diabaté, l’un des célèbres artistes du pays.  Dans une de ses récentes sorties médiatiques, ce grand chansonnier soumet des recommandations plus draconiennes à la police de la vaste filière musique guinéenne. Il s’agit d’un droit de regard des professionnels sur des productions – la mise en place d’une commission d’écoute et de censure pour toutes les chansons éditées sur le sol guinéen.
« La musique est tripotée en Guinée. Avant, quand un artiste chantait, on le censurait. Mais aujourd’hui, tout est laissé pour compte (…). Les artistes guinéens doivent se battre pour être comme Aboubacar Demba Camara. Notre Génération a suivi une culture. Mais aujourd’hui, tout cela est tripoté (…). De nos jours, les enfants ne chantent que des injures. » Dénonce Ibro DIBATAÉ, l’auteur de l’album à succès « Allah Nana » sorti en 1993.

Alors, faut-il penser à la censure ?

Sur la question, les avis diffèrent. L’animateur culturel, Souleymane Macky Bah est partant : « Je pense qu’on ne doit pas être souple avec car, il n’est pas de notre culture de faire la promotion des injures dans la musique. Il faut appliquer la censure. Même aux États-Unis d’Amérique, les musiques sont censurées ».
Le journaliste culturel, Aly Bongo Leno déplore : « Les animateurs radio, les disc-jockeys ont fortement contribué à la promotion et la diffusion des chansons aux contenus choquants et de nombreux mélomanes y ont pris goût. La censure pouvait se faire à ce niveau. C’est une question de responsabilité…. La musique est un art, une science. Alors, elle obéit à des règles qu’il faille respecter ».
Pour la censure, Aly n’est pas forcément d’accord. Il n’exige pas le passage de chaque œuvre devant un comité d’écoute et de censure. Mais, il invite les auteurs, compositeurs et interprètes à jouer leur rôle d’éducateur.
« Le constat est très amer ». Force est de constater que l’écriture musicale a fortement régressé. Les chanteurs doivent faire relire leurs textes ou faire écouter leurs maquettes à des aînés plus expérimentés avant de passer à l’enregistrement ».
Par ailleurs, il n’est un secret pour personne, la musique guinéenne est la grande absente des grands rendez-vous. A part quelques artistes de la Diaspora qui se faufilent des rets tels que : Moh Kouyaté, N’faly Kouyaté, Ba Cissoko, etc.

 Des chansons « nauséeuses » !

En Guinée, des chansons insensées font l’unanimité ! Ni queue, ni tête, la plupart de ces œuvres deviennent par inadvertance des hits par le fait même de l’ignorance des mélomanes et de la complaisance des animateurs culturels des chaînes de télévision et radio.
La musique adoucit les mœurs quand elle est bien rendue. Mais elle est aussi compromettante pour la société quand elle est mal faite. L’on écoute des chansons pour passer le temps. Chacun a des préférences certes – soit on est séduit par l’artiste, les mélodies, le refrain, ou soit par la cadence ou par des paroles. Mais tout porte à croire que le marché guinéen est bourré de chansons insignifiantes qui ne répondent à aucune règle sacro sainte de la musique professionnelle. « Ces chansons inondent pour rien ».
Certains mélomanes par affinité se prêtent à l’opération de partages et de likes de ces chansons sur les réseaux sociaux. Histoire de soutenir leurs idoles mais sur du faux. Un fait qui contribue dangereusement à la défectuosité de la filière musique en Guinée.
Il n’est pas chanteur qui le veut mais qui le mérite. Malheureusement en Guinée, c’est le tohu-bohu. Tous les artistes sont devenus à la fois, auteurs, compositeurs, interprètes, ingénieurs, beatmakers, communicants experts, managers, producteurs et diffuseurs. Ils sont à la fois au four et au moulin. Un désordre total indescriptible.
En réalité, la plupart des musiques guinéennes (urbaines et populaires) manquent de contenu véritable. Par manque d’inspiration, presque 90% des artistes chantent à foison des thématiques non fondées.
Une autre catégorie d’artistes tire profit dans des chansons d’éloges : du premier au dernier mot, on entend que des louanges fades. Ils anticipent des dédicaces pour pouvoir marauder les richissimes. Ils se font beaucoup d’argent un seul jour au Palais du Peuple. Mais après, aucune politique développement de carrière ne suit.
Une troisième catégorie est bien des chansons du genre extravagant, arrogant, grossier et dépravé qui heurtent la sensibilité des mœurs. Les textes qui ne se reposent sur aucune charte.
Si par le passé, l’on prend lascivement du plaisir en écoutant les albums, depuis presqu’une quinzaine d’années, cette obsession n’a cessé de germer chez les mélomanes. Ce qui fait que les albums n’ont plus de valeur – les grandes maisons de production et de distribution ont préféré fermer. Faute de rendement.
Pire, l’éclosion des réseaux sociaux et des Home studios ont davantage aggravé la situation. Les artistes tombent aveuglément dans la facilité. Et derrière, aucune stratégie fiable n’est établie pour faire décoller leur carrière.
La musique guinéenne des quinze (15) dernières années est « insupportable » selon notre sondage. Les 87% des mélomanes souffrent d’un réel amateurisme de leurs artistes. Et vous ? Que pensez-vous de cette situation ?
SITANEWS©
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