Capitale de la mode africaine le temps d'un week-end. Du 4 au 7 juin 2026, la capitale économique congolaise Pointe-Noire vibrera au rythme de la 13ᵉ édition du Carrousel International de la Mode. Placé sous le thème « Textiles africains : de l'héritage à la valeur mondiale », ce rendez-vous incontournable du calendrier culturel continental dépasse cette année le simple cadre festif. L'ambition est percutante : transformer le savoir-faire traditionnel en un puissant moteur économique sur l'échiquier mondial, au moment même où les industries créatives africaines captivent le regard international. Afin de donner une vision claire et précise des ambitions de cette nouvelle édition, la promotrice de l'événement, Mme Pascaline Kabré Turmel, a accepté de lever le voile sur la feuille de route de l'activité.
Entretien réalisé par Mory Touré
MT : Bonjour Madame Pascaline, le Carrousel International de la Mode en est aujourd'hui à sa 13ᵉ édition, dans un contexte où la mode africaine connaît un véritable essor. Autour du thème « Textiles africains : de l'héritage à la valeur mondiale », quels seront les grands axes et temps forts qui structureront cette édition ?
PASCALINE KABRE T :
« Cette édition s'annonce particulièrement riche et structurée autour d'un programme ambitieux. Au cœur de l'événement, des défilés de mode viendront mettre en lumière le talent africain, avec notamment un défilé international qui positionnera la mode du continent sur la scène mondiale. Pour encourager la relève créative, un concours dédié aux talents émergents offrira une vitrine précieuse aux jeunes créateurs en quête de reconnaissance. Mais au-delà du spectacle, le festival se veut avant tout un espace de réflexion et d'échange, à travers des conférences de haut niveau, des expositions-ventes permettant de valoriser directement les créations artisanales, ainsi que des rencontres professionnelles favorisant le réseautage et les opportunités d'affaires.
Un accent particulier sera mis sur les formations, car nous croyons fermement que le développement durable de la mode africaine passe par le renforcement des compétences. L'ambition de cette édition est claire : réunir dans un même espace des stylistes, des artisans, des experts, des investisseurs et des médias, pour créer une synergie puissante entre tous les acteurs de l'écosystème. Il s'agit de bâtir un véritable pont entre tradition et innovation, en faisant du secteur créatif africain non plus un héritage figé, mais une force économique vivante, rayonnante et compétitive à l'échelle mondiale. »

MT : Vous avez fait le choix, depuis quelques années, d'intégrer les jeunes créateurs au cœur du festival. Pourquoi cet engagement est-il selon vous une nécessité absolue pour assurer la pérennité et le rayonnement de la mode congolaise — et plus largement africaine ?
PASCALINE KABRE T :
« Notre ambition est sans équivoque : faire du textile africain une référence de prestige, compétitive sur la scène internationale. Au Carrousel International de la Mode, notre vocation va bien au-delà de la simple mise en lumière des talents. Il s'agit de les révéler, de les accompagner et de les ouvrir aux opportunités qu'offre le monde. Les créateurs africains regorgent de talent. Pourtant, ils se heurtent trop souvent à un manque d'accompagnement, à l'absence de réseaux solides et, surtout, à la rareté des plateformes capables de porter leur voix. C'est précisément là qu'intervient notre mission : bâtir un espace qui transforme un potentiel local en véritable carrière internationale. Car une Afrique qui valorise ses créateurs, c'est une Afrique qui affirme haut et fort sa créativité et son indépendance culturelle au monde entier. »
MT : Au-delà de l'événement lui-même, quelles traces le festival laisse-t-il dans le paysage de la mode à Pointe-Noire — et quel est le secret de son ancrage dans la durée ?
PASCALINE KABRE T :
« Treize années d'existence, c'est bien plus qu'un parcours, c'est la preuve tangible qu'un événement ancré dans une vision peut transformer durablement un territoire. Aujourd'hui, le festival est devenu un véritable levier de développement pour Pointe-Noire, générant des retombées concrètes sur trois plans essentiels : économique, culturel et touristique.
Chaque édition mobilise un écosystème complet d'acteurs — mannequins, stylistes, médias nationaux et internationaux, établissements hôteliers, experts du secteur et opérateurs économiques locaux — confirmant ainsi que la mode peut être une industrie à part entière, capable de dynamiser une ville entière. Au fil des éditions, Pointe-Noire s'est progressivement imposée comme une destination culturelle et créative de référence en Afrique centrale, un statut qui ne s'improvise pas, mais qui se construit année après année, avec méthode et ambition.
Nous avons bâti une plateforme professionnelle, crédible et résolument utile, pensée pour la jeunesse africaine et pour le rayonnement du continent. Car nous sommes convaincus qu'un événement véritablement durable est celui qui sait évoluer avec son époque, intégrer les mutations du monde contemporain, tout en restant profondément fidèle à son identité africaine — cette identité qui est, et demeurera, l'âme du festival. »
MT : En marge de l'ouverture de cette nouvelle édition du festival, quel message souhaitez-vous adresser au monde de la mode, notamment aux partenaires et sponsors qui méconnaissent encore votre secteur ?
PASCALINE KABRE T :
« La mode africaine n'est pas simplement un secteur artistique. C'est une industrie créative à part entière, porteuse d'un potentiel économique, social et culturel considérable. Investir dans la mode africaine, c'est investir dans la jeunesse, la formation, l'entrepreneuriat, le tourisme et, plus largement, dans le rayonnement de tout un continent. Le Carrousel constitue une plateforme sérieuse, visible et à portée internationale, offrant aux marques l'opportunité d'associer leur image à l'innovation, à la culture et au développement économique de l'Afrique. Notre continent regorge d'une richesse textile et créative exceptionnelle. Ce qu'il nous faut aujourd'hui, ce sont des partenaires qui croient en cette valeur, qui acceptent d'y associer leur image et d'accompagner cette transformation vers une reconnaissance mondiale. Je terminerai par un seul message : croire en ses rêves et surtout, savoir être patient. »
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