Ibrahim C est notre invité exceptionnel de la semaine. Avec ce grand homme du show-biz guinéen, nous parlons du fonctionnement de la Fédération des entreprises culturelles et économiques de Guinée (Feceg) dont il est le président. Mais d’abord, vous le savez, une crise sans précédent frappe de plein fouet le monde de la culture guinéenne à Cause de la Covid-19. Tout est stoppé : pas de spectacles, pas de concerts, bref, c’est la léthargie.
Quelle démarche la Feceg mène auprès des autorités pour la levée des restrictions qui n’a que trop duré ?
Ibrahim C : « La Feceg a choisi le chemin de la discussion, de pourparlers et de la persuasion. Nous pensons que c’est le meilleur chemin à suivre pour arriver à un résultat probant. Il s’agit donc d’expliquer et continuer à expliquer aux autorités, nos difficultés. C’est la seule manière. C’est la seule bonne manière en tout cas. »
Selon nos informations, la Feceg et d’autres structures avaient été reçues récemment par Madame la ministre de la culture… Sona Konaté. Qu’est-ce qui a filtré de cette rencontre ?
« Nous avons donc été reçus dernièrement à sa demande par Madame la Ministre de la Culture. Une action que nous avons saluée. Vu nos différents plaidoyers que nous avons faits, il s’agissait donc de proposer un mécanisme d’accompagnement pour une sorte de fonds solidaire qui permettrait aux entreprises de se revigorer en vue de la future levée des restrictions s’il y a levée évidemment.
En ce moment je peux vous dire une chose, toutes ces entreprises culturelles sont complètement à l’agonie. Donc, le Gouvernement l’ayant compris après nos différents plaidoyers, nous a invité à proposer un mécanisme d’accompagnement. Nous espérons que c’est en bonne voie et que bientôt, il y aura de bonnes nouvelles pour les entreprises culturelles membres de la Feceg. »
Beaucoup trouvent que vous devez organiser un sit-in pour pouvoir vous faire entendre. Qu’en pensez-vous ?
« Je ne trouve cela contreproductif. Je ne pense pas qu’en se mettant dans la rue et en criant que cela puisse amener le Gouvernement à reculer. Je pense que nous faisons partie de cette population. Tous connaissant les dangers de la Covid, si le Gouvernement a de meilleures informations que nous, trouve qu’il faille pour le moment restreindre nos activités et même les suspendre, je pense qu’en tant que bon citoyen, et même en tant que Responsable de la Feceg, on devrait pouvoir comprendre cela.

« Reprise et fonds de développement culturel »

Mais ce que nous disons au Gouvernement, c’est de nous aider pour que le plus tôt possible, que nous puissions reprendre nos activités. Nous continuons à le dire partout pour que le Gouvernement le comprenne. Nous disons au Gouvernement, si vous ne venez pas en aide, nos entreprises culturelles qui ont tant souffert, cela craint pour l’avenir de l’événementiel et du spectacle en Guinée.
Il est impossible ou incroyable dans un pays où les entreprises culturelles qui ont tant souffert, qu’il n ‘ y ait eu aucune mesure véritable d’accompagnement, aucune compassion. Vous imaginez que cela fait 2 ans que nous sommes dans cet état. Nous expliquons tout ça au Gouvernement pour qu’il puisse le comprendre.
Aujourd’hui, au-delà de levée des restrictions, nous réclamons au Gouvernement, une véritable aide. C’est-à-dire un véritable fonds de développement des entreprises culturelles en Guinée. Donc ce n’est pas une simple levée des restrictions qu’on sollicite. Mais je pense que tout cela ne sera possible qu’à l’issue des discussions, mais pas certainement dans la rue. »
Le secteur de la culture souffre également du manque criard d’espace de diffusion. Est-ce que cette question est sur la table de la Feceg ?
« Oui, évidemment, ce sujet est aussi sur la table de la Feceg. Nous nous ferons le devoir d’en parler au Premier Ministre si nous sommes reçus. Il y a effectivement un gros problème de salle de diffusion en Guinée. D’abord à Conakry, mais pas seulement. Dans tout le pays, il n y a pas de salle véritable pour le développement des activités culturelles. Que ce soit dans les chefs de régions, ou dans les chefs-lieux des préfectures, il n’y a rien ou pratiquement rien. Alors, si on veut que la culture se développe, si on veut que l’industrie culturelle puisse avancer, il faut absolument des salles, des lieux où les artistes peuvent s’exprimer. Sinon, c’est un vœu pieux.
Nous continuerons les plaidoyers. Et si nous sommes reçus par les plus hautes autorités, nous continuerons à leur en parler pour que les années qui suivent, les choses puissent évoluer. Nous l’espérons ! »
Un plan marshall, les prêts garantis par l’État auprès des banques. Ça vous dit ? N’est-ce pas un moyen pour développer rapidement l’industrie culturelle guinéenne ?
« Oui, c’est une bonne solution. Nous sommes dans un secteur où les banques n’ont pas du tout confiance. Nous sommes dans un secteur où les prêts traditionnels que généralement les banques accordent aux entreprises ne peuvent pas nous être accordés. Parce que les banques ont peur. Elles pensent que le spectacle est une activité assez volatile. Elles pensent qu’un spectacle peut être arrêté d’un jour à l’autre pour une raison ou pour une autre. Et la Covid est venue confirmer un peu tout cela en tout cas vis-à-vis des banques. Donc, elles ont peur de mettre leur argent. Sinon, c’est vraiment une solution. C’est-à-dire un plan Marshall ou des prêts que l’État pourrait garantir pour financer nos activités et développer l’industrie culturelle. Et par ricochet, développer la Guinée. »
Les autorités ont promis le dédommagement après la suspension des spectacles en raison du Covid. Avez- vous évoqué ce sujet lors de votre rencontre avec la ministre ? Si oui, quelle a été sa réponse ?
« Oui bien sûr. C’est notre devoir d’en parler au nom des entreprises. Donc, nous nous sommes inquiétés que jusqu’à maintenant le dédommagement promis ne soit pas venu. Vous savez, même si c’est 10 francs, ce n’est pas mauvais. Et c’est l’État qui a promis. Donc, nous attendons la tenue de cette promesse. En réponse, Madame la Ministre nous a dit, que les choses sont vraiment en bonne voie. Et tout cela est bien éminent. Nous l’attendons vraiment. C’est très important pour des entreprises qui ont dépensé de l’argent pour organiser des activités qui ont été stoppées net. Donc, ces entreprises ont perdu de l’argent. Ce qui fait que ce dédommagement est vraiment, vraiment attendu en plus du véritable fonds de développement bien sûr. »
Parlons à présent du fonctionnement de la Feceg. Selon nos informations, cette fédération souffre d’une guerre de leadership et de conflits d’intérêts. Que répondez-vous ?
« (Rire) Je ne sais d’où cela vient. Certaines personnes ont besoin de buzz donc, elles racontent n’importe quoi. Regardez ! Où est ce problème de leadership à la Feceg ? Ça n’existe pas. Ça n’existe pas. La Feceg tient son conseil librement et nous travaillons à son succès et à son développement. Il n y a aucun problème à la Feceg. En tout cas, moi je ne le vois pas. »
N’est-ce pas qu’il y a des entreprises fantômes au sein de la Feceg ?
« A la Feceg, il n y a aucune entreprise fantôme. Pour créer une entreprise en Guinée, il faut avoir son RCCM. Ce que toutes les entreprises membres de la Feceg ont. Sinon, on ne peut pas les accueillir en notre sein. À la Feceg on ne prend pas n’importe qui. Chez nous (Feceg), il y a des entreprises culturelles qui sont formalisées et qui ont un RCCM. Pour le reste, c’est de faire en sorte qu’elles se structurent, qu’elles se professionnalisent, qu’elles se formalisent vraiment, et qu’elles participent effectivement au développement économique de la Guinée pour arriver enfin à une industrie culturelle tant souhaitée. Donc c’est notre objectif principal. »
Peut-on espérer que cette fois-ci la Feceg soit la bonne ? Parce que nous avons toujours connu des fédérations mort-nées en Guinée. Par exemple la FEDOC (Fédération des Opérateurs Culturels de Guinée). 
« Vous dites qu’il y a eu plusieurs fédérations qui ont été mises en place ? Je dirai non. Il y a eu plusieurs tentatives de mise en place de fédérations. Et aucune tentative n’est allée jusqu’à une assemblée générale. Alors que cette fois-ci, la Feceg a pu arriver à une assemblée générale qui a eu lieu au Chapiteau du Palais du Peuple de Conakry et qui a abouti après un vote libre et transparent, à la mise en place du CA (Conseil d’Administration NDLR). Donc je pense que cette fois-ci, les entreprises culturelles  ont pris conscience du fait qu’il fallait absolument être ensemble pour avancer. L’union faisant la force, elles ont compris qu’il fallait se mettre ensemble pour pouvoir défendre leurs intérêts. Ce qui est une bonne chose. »
Pour finir, avez-vous un message ?
« Je dirai à toutes les entreprises que les portes de la Feceg sont ouvertes. Nous sommes une quarantaine pour le moment. Nous attendons les autres, et elles sont vraiment les bienvenues . Merci ! »
Par SITANEWS©
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