Fulu Miziki Kolektif
26 September, 2026

FOCUS | Fulu Miziki Kolektiv, des musiciens congolais créatifs et engagés

 

Les musiciens de Fulu Miziki Kolektif ont enflammé le public de l'Espace Django, venu pour l'ouverture de saison le samedi 19 septembre 2026. Leur énergie communicative, leurs chorégraphies et leurs solos de danse ont mis l'Espace Django sur une rampe de lancement ! Ce collectif d'artistes congolais, écoresponsables et afrofuturistes, a proposé une musique post-soukous explosive et dansante. Les musiciens jouent sur des instruments démontables qu'ils fabriquent eux-mêmes à partir de matériaux de récupération. 

 

Reportage de Rita Stirn pour SitaNews

 

 

 Fulu Miziki Kolektif | Copyright : Rita Stirn

 

Inventif dans ses compositions musicales comme dans ses costumes, travaillés jusqu'aux chaussures, ce groupe incarne la vitalité artistique de Kinshasa et le goût congolais pour la sape. Ses costumes de scène se distinguent pourtant par leur côté improbable et par une utilisation unique de la matière, et les musiciens y ajoutent des masques surprenants et symboliques. Vêtus de costumes mi-tribaux, mi-spatiaux, ils ressemblent, selon le chroniqueur musical Jean-Daniel Bruckardt, à « des guerriers postmodernes en armures recyclées, avec des cottes de mailles faites de capsules de Coca-Cola », symbole de pollution et de malbouffe. L'un des percussionnistes porte, par dérision, une couronne étoilée faite de récup', qui rappelle la statue de la Liberté à New York. Les masques évoquent des masques à gaz et disent le besoin de se protéger d'un environnement toxique. Au cours du concert, les musiciens retirent plusieurs couches de leur tenue et laissent apparaître des dessins de squelettes sur carton. Le message d'un non-avenir pour l'humanité est clair.

 

Pas d'électronique, mais un son unique !

 

Assister à leur concert est d'emblée un choc visuel pour le public, qui découvre des instruments de percussion insolites fabriqués avec des objets récupérés dans les rues et les décharges de Kinshasa.

 

Fulu Miziki réunit des musiciens originaires du quartier Ngwaka, à Kinshasa. Certains de ces Kinois portent des pseudonymes humoristiques : Le Meilleur, Deboulé, Abbé La Roche, Padou, Tsché Tsché et Sekelembele. Ils virevoltent et changent de place tout au long du concert : leur fonctionnement collectif alterne danse et musique. Ils jouent de tous les instruments.

 

Instruments en tubes PVC de Fulu Miziki | Copyright : Rita Stirn

 

Le milofo est fait de longs tubes en PVC fixés sur un support en bois, dont ils frappent l'embouchure avec des semelles de tongs récupérées pour en tirer des sons. Il y a aussi, entre autres, le sékébienné, une batterie faite de bidons en plastique. Deboulé explique : « Fabriquer nous-mêmes nos instruments avec ce que les gens jettent, c'est notre manière d'alerter nos concitoyens et, plus largement, le monde. Et avec un son unique ! » Le son des déchets ! En lingala, Fulu Miziki signifie « musique des déchets ». Les instruments sont arrivés en kit dans les valises. C'est une belle astuce pour réduire le coût des instruments et du transport, mais surtout un symbole de résistance. Le chanteur et batteur Sekelembele a déclaré au journal britannique The Guardian : « Dans la nature, il n'y a pas de déchets, car la vie recycle tout. Les déchets sont toxiques s'ils n'ont pas d'autre utilité, alors nous donnons une seconde vie à ce que nous ramassons ! » Les musiciens ramassent d'ailleurs les éléments de leurs instruments aussi bien à Kinshasa qu'à Londres, en Italie ou à Toulouse…

 

 

Instruments recyclés qui tiennent dans une valise | Copyright  :  Rita Stirn

 

 

Fusion de styles, de rythmes et de sons africains

 

Leurs compositions mélangent les genres, reflet de leurs parcours individuels, comme l'explique Tsché Tsché : « Moi, je joue le folklore ; Deboulé a joué avec le rappeur Bebson, Sekelembele a joué avec Maman Mbilia Bel, Padou a encadré l'orchestre chrétien. »

 

Le groove du bassiste, qui est aussi le leader, donne l'ossature des morceaux. Ils s'enchaînent dans un style urbain ou traditionnel, mais toujours dansant. Dans le public, le crescendo est palpable. « Y a la joie ici ? » demande l'un des musiciens, qui voit que la salle est conquise. Un autre saute de la scène pour rejoindre le public, suivi du bassiste.

 

La foule a alors droit à une leçon de danse improvisée et reprend leurs pas tout au long du morceau. Un spectateur s'exclame : « D'habitude, je ne danse pas aux concerts, mais là, c'est irrésistible ! » Carole, venue à Django pour la première fois, nous livre son commentaire : « Leur musique est éclectique, ils mettent le feu en descendant dans la foule, leurs tenues sont incroyables, et en plus ils véhiculent un message qu'on a très envie d'entendre. Ça m'a beaucoup plu. »

 

Vidéo utile >> https://urls.fr/VBUHh1

 

Un message pour le monde

 

Le groupe veut faire une musique de recherche, une musique originale qui montre la pauvreté de la population et des artistes de Kinshasa. Fulu Miziki chante en lingala. Les titres de ses compositions dénoncent la pollution, les pollueurs et l'inertie du gouvernement, comme le souligne Le Meilleur : « Les gens jettent les choses partout, là où ils veulent. Et notre gouvernement ne fait pas d'effort pour ramasser. Il nous faut laver nous-mêmes notre environnement. » Deboulé ajoute : « Les déchets nous amènent des maladies. Il faut que les gens soient conscients pour qu'ils ramassent, recyclent et rendent leur environnement plus sain. »

 

C'est un message universel que Fulu Miziki est prêt à porter dans le monde entier, avec une musique unique en son genre. Yango !

 

(Vidéo d'appel à soutien)

 

Liens pour consultation

RFI : https://musique.rfi.fr

Facebook et Instagram : « Rencontre avec le groupe Fulu Miziki »

BBC News Africa : « Fulu Miziki Warrior Music » et « Fulu Miziki Workshop »

 

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