A Conakry, nous avons rencontré Kadiza BAH, un exemple de réussite de la gent féminine en Guinée. Une passionnée de l’art, du monde du leadership et de l’entrepreneuriat féminin en Afrique. Son énergie n’a d’égal qu’à son enthousiasme. Lisez notre interview !
Kadiza BAH très passionnée…
Comment vous vous portez Mme BAH ?
Oui, je me porte super bien !

Alors, veuillez vous présenter à nos lecteurs à travers l’Afrique : vos études et votre parcours professionnel.

Je suis Kadiza BAH, j’ai une formation en Communication. J’ai fait mes études au Canada et en France.
Je suis rentrée définitivement en Guinée en 2011. J’ai commencé à travailler chez Bolloré en 2013 comme Responsable de Communication et de Développement Durable jusqu’en 2014. Après, j’ai commencé à travailler pour les Blue Zones en tant que Directrice d’Exploitation. Mais depuis 2018, j’occupe le poste de Directrice des Opérations et de Développement des Blue Zones de Conakry.

Comment mesurez-vous toute cette responsabilité au sein de ce grand groupe français (Bolloré) installé en Guinée après 2010 ?

Pour moi, c’est une tâche énorme. Parce que, nous avons en tout, 5 Blue Zones à Conakry. La responsabilité est énorme dans le sens où nous sommes à la disposition d’une grande population qui est en plus, jeune. Mais c’est  une façon pour moi, de contribuer au développement socio-économique de la Guinée. Parce que tout tourne autour de cette jeunesse-là. Et il faut commencer à lui donner les outils dont elle a besoin pour faire partie justement de ce développement socio-économique du pays. C’est un peu ça le rôle que les Blue Zones essayent de jouer. Donc, c’est une grande responsabilité et je suis fière de participer avec mon équipe à l’épanouissement de cette jeunesse à travers les activités, les espaces que nous lui offrons dans les Blue Zones.

Quelle est la clé de votre réussite ?

C’est la persévérance et surtout la passion. Vraiment, je fais tout avec passion, il n’y a pas de demi-mesure chez moi. Je pense bien qu’il faut aimer ce que l’on fait pour persévérer.

Vous êtes un modèle pour de nombreuses jeunes femmes du pays. Votre expertise est souvent sollicitée par des structures pour pouvoir donner des formations. Que pensez-vous  de l’autonomisation féminine ?

Effectivement depuis un certain moment, je fais beaucoup de formations avec des jeunes filles notamment dans le leadership et dans l’entrepreneuriat féminin. Parce que pour moi, avant de parler de l’autonomisation de la femme, il faut déjà qu’elle puisse être autonome financièrement. Et être autonome financièrement, ça veut dire, soit, être employé ou être entrepreneur. Mais être employé est quelque chose qui ne dépend pas de nous, il faut le vouloir d’une autre personne pour nous recruter. Tandis que l’entrepreneuriat dépend de nous. C’est nous qui pouvons tout décider et mettre tous nos efforts pour hisser notre entreprise.
C’est pour cela que j’encourage beaucoup l’entrepreneuriat chez les femmes. Les femmes ont tous les atouts pour réussir en entrepreneuriat même si elles ne s’en rendent pas compte. Parce que les femmes ont grandi dans des sociétés où elles ont toujours été sous-estimées. Ce qui fait qu’elles finissent par se sous-estimer elles-mêmes à cause des stéréotypes liés à leur genre. Sinon, elles ont tout ce qu’il faut pour réussir.

« L’excision », les « violences faites aux femmes », des concepts qui font l’objet de débats. Quelle est votre lecture globale de ces réalités ?

Pour tout ce qui est violences liées au genre, tourne autour de l’éducation. C’est parce qu’on ne fait que reproduire ce qu’on connaît dans nos sociétés. Malheureusement, l’éducation de la petite fille n’a pas changé depuis des années. En fait, tout dépend de cette éducation qu’on donne aux jeunes filles et aux jeunes garçons.
Parce qu’un jeune garçon qui grandit dans un milieu où sa maman est respectée, où son père n’est pas violent, encore plus, il grandit dans un milieu où on lui fait comprendre qu’il a les mêmes droits et devoirs que la jeune fille qui ne peut être que sa petite ou sa grande sœur, ça m’étonnerai que cet homme soit violent un jour.
Donc l’excision c’est pareil, tout ça c’est une question d’éducation. Ce sont des vieilles habitudes qui ont été longtemps conservées. Je pense qu’elles risquent de rester encore longtemps, si on ne revoit pas la façon dont on éduque les jeunes filles.
Voici un exemple pratique. J’ai été éduquée dans les conditions où on m’apprend à être une bonne épouse, savoir faire la cuisine, s’occuper de mon mari et entretenir une maison etc. Mais jamais, j’ai entendu une maman ou un papa apprendre un jeune garçon comment devenir un bon époux, comment on doit respecter une femme. Donc, c’est une question dont on ne parle pas. C’est comme si c’est tout à fait naturel, et c’est tout simplement à la jeune fille de faire des efforts. Donc c’est normal qu’il ait des problèmes-là.
Les jeunes garçons qui ont eu la chance de grandir dans des sociétés plus évoluées s’adaptent. Tandis que d’autres regardent simplement les instincts primaires. Et la violence fait partie de ces instincts primaires de l’être humain.
Donc pour moi, c’est bon de continuer à sensibiliser. Mais la femme aussi à un grand rôle à jouer dans cette histoire. Puisque l’éducation des enfants passe en grande partie par les mamans.
Kadiza très tôt bercée par la culture

Vous êtes à la fois, une grande friande de l’art et la culture. D’où est venue cette passion ? Expliquez-nous un peu.

Je pense que je l’ai peut-être hérité de mon père qui fut un grand tailleur. Parce que pour moi, la couture c’est aussi un art. Et puis, je suis née en Guinée où j’ai été bercée par toutes les cultures qui y existaient à l’époque : les Ballets africains, l’Ensemble Instrumental, la musique etc. Je regardais la télé et au début, j’essayais d’imiter ce que je voyais déjà. Petit à petit, voilà cette passion qui s’est installée dans mon esprit.

La politique, ça vous intéresserait un jour ?

La politique alors ! Je pense que la politique m’a toujours intéressé. Mais en Guinée, je refuse de faire de la politique. Parce que tout simplement, celle que j’y vois ne ressemble pas à ma vision. Ici, tout tourne autour de l’ethnie et quoi qu’on fasse où qu’on se place, on est jugé à travers son ethnie. Alors, je n’ai pas envie de faire ce type de politique. Voilà pourquoi je me suis éloignée complètement de ce milieu.
Sinon la politique m’intéresse mais pas pour avoir un poste forcément, mais pour faire déplacer des lignes, pour agir au niveau de la société et pour m’impliquer davantage dans l’amélioration des conditions de vie de mes compatriotes guinéens.
Un grand politicien m’a dit un jour je cite : « ce qui est dommage en Guinée, c’est que toutes les personnes qui ont des capacités fuient le terrain politique en se disant, que ce n’est pas fait pour eux ». Et je pense que je fais partie de ces personnes-là. Mais je pense que je cause du tort et la meilleure façon de changer les choses, c’est d’en faire partie (Rire). Donc là, oui, la politique m’intéresse.

Dites-nous, quel est votre rêve le plus fou ?

Alors mon rêve le plus fou, (réfléchir) je ne sais pas. (Rire). J’en n’ai tellement et qui sont vraiment fous. Mais je vais dire ceci : je rêve un jour de pouvoir sauter d’un parachute. Voilà, avoir cette sensation de voler, rien que pour un instant avant d’atterrir. Je rêve de pouvoir faire ça un jour (Rire).

Quelle est la femme qui vous inspire de plus en Afrique ?

Je me dis que toutes les femmes africaines en général, m’inspirent de par leur résilience et leur courage. En gros, tout ce qu’elles font.
Les mamans que je vois à longueur de journée travailler pour leurs familles, me donnent envie. Mais moi avec le confinement, j’ai une fille à la maison, en quelques jours, je suis devenue folle. Je n’arrêtais pas de poser la question de savoir comment ma mère a fait avec 5 enfants.
De façon générale, les femmes africaines, pour moi, sont des modèles. Mais il y’en a une dont son combat m’a beaucoup inspiré depuis quand j’étais petite, même jusqu’à présent. C’est Winnie Mandela. Je pense que cette femme devrait être célébrée comme une héroïne. Mais bon, la politique étant ce qu’elle est, on a choisi de la ranger du mauvais côté.

Pour finir, un conseil pour la jeunesse guinéenne

Le conseil que je peux donner à la jeunesse guinéenne, c’est en me référant de ma propre expérience. C’est surtout, de compter sur soi-même. Aujourd’hui, je vois sur les réseaux sociaux, des jeunes découragés parce que tout tourne autour de l’État. Je comprends en même temps leur colère mais, il ne faut pas entendre du gouvernement. Ils doivent comprendre qu’un jour, que c’est eux qui feront ce gouvernement. Donc, ils n’ont qu’à compter sur eux-mêmes, se battre.
La jeunesse c’est l’âge pendant lequel on peut déplacer les montagnes, il ne faut pas laisser cet âge-là passé. Il faut déplacer les montages, pas que les lignes, des montages et se battre tous les jours, avoir confiance en soi, et dire qu’on va y arriver et capable de former dans le temps, les meilleurs gouvernements de ce pays.
Merci Kadiza et portez-vous bien
Merci pour l’intérêt.
Interview réalisée par Idy BAH pour SITANEWS©
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