Cette semaine, le patron de « Téra Music » Rahim Diallo a bien voulu répondre à nos questions. Son regard sur les contenus des œuvres musicales guinéennes est le point nodal de notre interview. Lisez !

SITA NEWS© : Que penses-tu du contenu de la musique guinéenne actuelle jugée très vulgaire ?
Rahim : « C’est un gros sujet et ce n’est pas propre à la musique guinéenne seulement. Le problème est qu’on a des auditeurs qui sont friands de ce genre de musique. Normalement , les producteurs doivent être vigilants et mettre systématiquement la mention « Explicit Content » sur des titres qui contiennent des propos vulgaires. »
Pour aider nos lecteurs, que signifie « Explicit Content » ?
« C’est une pastille qu’on met sur l’affiche pour prévenir l’utilisateur ou le consommateur que l’œuvre contient des propos choquants. »
Dans ce cas, es-tu d’accord pour la censure ?
« Non, je ne suis pas pour la censure. Parce que, c’est porter atteinte à la liberté de créer. Mais la solution, c’est de réguler tout simplement. Ma responsabilité aussi en tant que Producteur, c’est de conseiller mes artistes sur les propos qu’ils tiennent. Aujourd’hui d’ailleurs, tous les DSP (Distributeurs digitaux) vous demandent si le morceau que vous téléchargez pour la distribution contient des propos choquants. »
Est-ce que l’exportation de la musique guinéenne dépend de son contenu ?
« Je ne pense pas que c’est un facteur bloquant. Sinon, le morceau « Coller la petite » n’allait pas marcher partout. Par contre, la musique guinéenne souffre d’un problème de Qualité et de Standard mais qui est en train de se résorber petit à petit. Il faut savoir que la musique guinéenne s’exporte un peu plus qu’avant. Pour résumer, il y a un manque de professionnels dans le milieu et de mise à niveau. »
Problème de Qualité et de Standard ? Que veux-tu dire ?
« Quand je parle de Standard, je veux parler du mixe, des VST (Virtual Studio Technology) qu’on utilise et de la qualité du son. Aujourd’hui, il y a des artistes qui te sortent un son qui n’est même pas mixé. Mais comme je le dis, tout cela est en train de se résorber. »
Que faut-il faire pour pouvoir exporter la musique guinéenne ?
« C’est aux guinéens eux-mêmes, et ceux de sa diaspora de vendre la musique guinéenne. Si tu prends le Nigeria, c’est la forte diaspora qui a porté leur musique. Les nigérians et les ghanéens n’écoutent que leurs musiques à 90%. »
Qu’est-ce qu’il faut pour produire des œuvres de qualité en Guinée ?
« C’est très difficile et cher de produire de la musique de qualité que tout le monde peut écouter. C’est une question de moyens financiers et humains, mais aussi de la diffusion. »
Actuellement, tout le monde a son petit studio chez lui. Cela n’a-t-il pas aggravé la situation en conduisant les artistes guinéens dans la facilité ?
« Faudrait-il savoir bien s’en servir. Il y a combien de beatmakers guinéens de renom que vous connaissez ? Voilà donc, la musique urbaine par exemple a reçu beaucoup d’influences. Tous les tubes des dernières années sont faits par des beatmakers maliens, comoriens et tout. Donc, il faut former.
Ans’T Crazy essaye aujourd’hui de faire ses propres beats. La sonorité qu’il sort est typiquement guinéenne. Mais, il manque juste de la technicité. Il faut que ses beats soient beaucoup plus travaillés. Bref, il y a du boulot. Mais je peux t’assurer que la musique guinéenne commence son petit chemin. Aujourd’hui, Azaya , Saifond Baldé et d’autres artistes commencent à être connus un peu partout. Mais, il faut encore des efforts et profiter du digital pour encore plus propulser. »
Et que penses-tu du réseautage ? Est-ce un facteur indispensable pour lancer des artistes guinéens à l’international ?
« A l’ère d’internet, je ne crois pas trop. Le titre « Jerusalema » a été produit par une artiste et un producteur peu connus même dans leurs pays. Mais quand le titre a explosé, toutes les portes se sont ouvertes. Maintenant, ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire son réseau, mais je pense qu’il est mieux d’avoir une bonne stratégie digitale aujourd’hui. »
Certains pensent qu’il faut faire des grosses collaborations et s’inscrire dans les grands festivals pour se faire connaître. Qu’en penses-tu ?
« Les collaborations sont une nécessité, mais il faut savoir comment les faire. Tourner aussi est un moyen de se faire connaître, mais souvent, aujourd’hui, peu de festivals prennent en charge les billets d’avion des artistes. »
Ne penses-tu pas aussi que le plagiat a gagné du terrain en Guinée ?
« (Rire) Ah ça, c’est un autre sujet. La question des droits d’auteur est très profonde en Guinée. Mais, je n’ai pas d’avis spécifique là-dessus. Je trouve juste dommage que des artistes choisissent la facilité. On est tellement dans la précipitation que les gens ne travaillent plus bien leurs sons. C’est facile d’écouter un autre artiste et de le copier. « 
Quelle est la responsabilité du manager ? Nous savons que la réalité est tout autre en Guinée. N’est-ce pas ?
« Le rôle du manager est important. Mais au-delà, il faut toute une équipe pour aider à booster la carrière d’un artiste. Il faut que l’artiste lui aussi comprenne que le Manager, c’est le Directeur à qui on a confié les rênes de sa carrière. Un manager doit s’entourer de compétences. Et l’artiste doit comprendre que c’est un métier d’être Manager et qui demande beaucoup de sacrifices. Donc, qui doit être rémunéré. »
Merci beaucoup Rahim d’avoir répondu à toutes nos questions.
Merci, c’est un plaisir.

SITANEWS©

Partager

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Solve : *
30 + 20 =