La capitale ivoirienne s’apprête à faire vibrer la haute couture continentale du 11 au 15 novembre 2026 à l’occasion de la 18ᵉ édition de l’Afrik Fashion Week. Véritable carrefour d’innovation, d’apprentissage et de business façonné sur près de deux décennies, l’événement explore cette année le thème « Matières et Créativité ».
Comment marier l’authenticité des textiles traditionnels aux exigences des tendances globales ? Rencontre avec Isabelle Anoh, promotrice et figure de proue de l’événement, qui nous dévoile les ambitions de ce rendez-vous de référence.
Interview envoyée à la rédaction de
SITANEWS par Mory Touré
MT : Bonjour Isabelle. Abidjan, véritable carrefour de la culture et de la mode, s’apprête à vivre une nouvelle édition de l’Afrik Fashion Week. Quel est le thème choisi pour cette année ?
I.A : Merci. La Côte d’Ivoire va accueillir l’Afrik Fashion Week du 11 au 15 novembre 2026. C’est un événement incontournable qui existe depuis plusieurs années déjà, puisque nous en sommes à la 18ᵉ édition.
Le thème que nous avons choisi cette année est « Matières et Créativité ». Ce choix s’est imposé naturellement, car nos pays regorgent d’une immense variété de textiles. Il était essentiel pour nous de les mettre en lumière grâce au talent de nos créateurs, de démontrer leur savoir-faire à partir de nos matières premières et de nos tissages traditionnels, tout en dynamisant l’ensemble de l’industrie de la mode.
Aujourd’hui, le continent s’affirme de plus en plus comme une destination majeure de la mode. Il vient déconstruire l’idée reçue selon laquelle l’élégance et la haute couture appartiendraient exclusivement au modèle européen.
MT : Aujourd’hui, quel regard portez-vous sur cette mode africaine qui se trouve à la croisée des chemins ? Elle est portée par une nouvelle génération et par une nouvelle manière de concevoir et de consommer, et elle attire désormais le regard du monde entier sur nos podiums.
I.A : Il faut dire qu’à l’époque où nous avons commencé, on ne parlait pas encore de véritable Fashion Week en Afrique. Au fil du temps, le phénomène s’est développé, et aujourd’hui chaque pays africain en compte au moins une. En Côte d’Ivoire, comme dans d’autres pays, il y en a même plusieurs. Je pense qu’il est juste de dire que nous sommes à la croisée des chemins.
Mais nous avons aujourd’hui besoin de démontrer que l’Afrique détient une part essentielle du berceau de la mode, si je peux m’exprimer ainsi. Notre Afrique possède ses propres matières et sa propre manière de se vêtir. Elle réussit aussi à fusionner le style africain et les influences occidentales pour proposer des produits désormais très bien finis.
Nos créateurs sont talentueux. Nous avons réussi à nous équiper avec du matériel de qualité, et nous nous lançons désormais dans le prêt-à-porter, après avoir longtemps été cantonnés au sur-mesure.
À travers nos événements, nous nous efforçons de mettre en lumière tous ces créateurs qui œuvrent pour faire rayonner nos pays. En Côte d’Ivoire, sans citer de chiffres précis, nous comptons un très grand nombre de talents. D’un créateur à l’autre, on perçoit immédiatement la différence, que ce soit dans leur savoir-faire, leur créativité ou l’originalité de leurs pièces. Je pense qu’aujourd’hui, l’Afrique est réellement en train de prendre la place qui lui revient sur la scène internationale de la mode.
MT : Compte tenu de la richesse de nos matières premières, de notre savoir-faire textile et du dynamisme de nos créateurs, comment faire en sorte que notre industrie de la mode s’impose enfin à l’échelle internationale ?
I.A : Je pense que la mode commence aujourd’hui à nourrir son homme, et qu’elle peut devenir pleinement un métier créateur de richesse. Nous avons du talent : des créateurs de renom ainsi que de jeunes espoirs qui ont une réelle volonté de démontrer leur savoir-faire.
Selon moi, le véritable problème aujourd’hui réside dans le financement du secteur. C’est le point majeur. Si nous parvenons à accompagner efficacement les acteurs, nous obtiendrons des produits de haute qualité et des productions en série capables de s’imposer à l’international.
Nous pourrons alors conquérir le marché mondial, car nous disposerons d’équipements de pointe, nous produirons selon les normes internationales et nous serons en mesure d’assurer de grands volumes. En effet, pour honorer une commande de 5 000 pièces, il faut être capable de fournir cette quantité avec une régularité exemplaire, sans qu’un bouton soit plus haut qu’un autre. C’est à cette condition que nous gagnerons le pari.
Il est donc primordial d’adresser un message clair sur l’intérêt direct qu’ont les banques, les institutions financières et l’État à soutenir les industries créatives.
MT : Au-delà des présentations du savoir-faire de la mode africaine durant ces quelques jours de rassemblement, prévoyez-vous également un volet scientifique ?
I.A : Depuis sa précédente édition, l’Afrik Fashion Week intègre une dimension scientifique et stratégique. En partenariat avec le dispositif étatique ivoirien Fin-Culture, l’événement se donne pour mission de sortir les créateurs de l’isolement et de favoriser leur professionnalisation. Un panel dédié permettra d’exposer les mécanismes d’accompagnement prévus pour les marques locales, tandis qu’un expert livrera les clés indispensables à la gestion et à la structuration d’une entreprise de mode.
Côté podiums, l’édition réunit des figures emblématiques telles qu’Ibrahim Fernandez ou le designer nigérian, tout en accordant une place de choix à la nouvelle génération. Soucieuse d’encourager le compagnonnage et la transmission, l’organisation fait le pari de faire cohabiter talents confirmés et créateurs émergents. Aux côtés de parcours déjà bien établis, le public pourra ainsi découvrir de jeunes signatures montantes.
MT : Quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels de la mode avant le lancement de cette nouvelle édition de l’Afrik Fashion Week ?
I.A : L’une des particularités de cette édition, c’est la soirée Fashion Networking. Elle est pensée précisément pour que les acteurs de la mode puissent se rencontrer, échanger et apprendre à se connaître. L’objectif est surtout de sortir de nos ateliers pour aller à la rencontre des personnalités les plus établies du secteur et de profiter de leur expérience.
C’est l’occasion pour moi de lancer un appel à tous les acteurs de la mode : le plus important n’est pas seulement d’assurer le spectacle, mais de venir saisir toutes les opportunités qui nous permettent de développer notre activité. Cette édition est résolument tournée vers le business.
Elle nous permettra d’être aux côtés de ceux qui comptent dans le secteur de la mode, mais aussi d’apprendre grâce à un panel d’échanges. Elle offrira en plus l’occasion de partir à la découverte de ces femmes qui tissent le pagne local.
Je vous invite donc, du 11 au 15 novembre, à venir en Côte d’Ivoire découvrir ce magnifique pays, cette « Sublime Côte d’Ivoire ». Venez y découvrir la mode, rencontrer ses créateurs, apprendre, mais aussi partager notre savoir-être et notre savoir-faire.
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