Le MASA (Marché des arts du spectacle africain d’Abidjan) se tient du 11 au 18 avril 2026 à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. Pour une édition plus inclusive, en phase avec les nouvelles mutations de l’écosystème des industries culturelles et créatives, le MASA s’annonce plus marquant et pertinent. Pour cette 14ᵉ édition, le MASA s’annonce historique, puisque Abidjan accueillera 89 artistes et groupes venus de 51 pays africains, dans un festival qui mêlera tradition, modernité et innovation. Abdramane Kamate, directeur du MASA, revient sur les grands enjeux de cette nouvelle édition.
M.T : Monsieur le Directeur, le thème de cette 14ᵉ édition porte sur les arts de la scène comme levier d'intégration économique et sociale. Concrètement, comment le MASA 2026 aide-t-il un jeune artiste africain à transformer son talent en une entreprise viable et durable dans le contexte actuel ?
A.K : « Le MASA est effectivement un outil de transformation économique pour les artistes. L’État de Côte d'Ivoire l'a compris depuis très longtemps, raison pour laquelle le ministère de la Culture et de la Francophonie met les bouchées doubles pour permettre à la Côte d'Ivoire d'accueillir le monde entier, mais principalement l'Afrique, afin d'offrir à nos artistes et à nos entrepreneurs des opportunités économiques.
Le Marché des arts et du spectacle d'Abidjan n'est pas seulement un festival, c'est avant tout un marché professionnel. Il permet aux artistes de rencontrer des programmateurs, des producteurs, des diffuseurs et des investisseurs venus de plusieurs pays — une cinquantaine pour cette édition. Le MASA offre donc une visibilité immédiate qui peut déboucher sur des tournées internationales, des contrats ou des coproductions. C'est également un espace de tables rondes et d'ateliers qui abordent des sujets concrets, notamment ceux du financement, de la structuration juridique, de la mobilité de nos artistes, de la monétisation — bref, tout ce qui contribue à la mise en place d'une économie réelle pour le secteur culturel.
Nous accompagnons bien évidemment les artistes dans une logique de passage du talent à l'entreprise culturelle. Le MASA favorise la mise en réseau, absolument essentielle pour construire des carrières durables. Enfin, il faut savoir que nous travaillons à renforcer les compétences des artistes et des managers, mais aussi de tout l'écosystème des industries culturelles, pour qu'ils deviennent de véritables entrepreneurs culturels. »

M.T : Cette édition met à l'honneur le Maroc et le Brésil. Au-delà des performances sur scène, quels sont les objectifs de coopération culturelle à long terme que vous espérez voir naître de ce triangle entre l'Afrique de l'Ouest, le Maghreb et l'Amérique latine ?
A.K : « Depuis 2024, l'État de Côte d'Ivoire a résolument mis en place une stratégie qui permet de développer les coopérations culturelles. Avec le ministère de la Culture et de la Francophonie, nous avons instauré ce que nous appelons les « pays invités d'honneur », qui sont toujours africains, et les « pays invités spéciaux », qui sont des pays hors Afrique, pour montrer que l'Afrique ne se replie pas sur elle-même, mais qu'elle s'ouvre au reste du monde. À travers le choix du Brésil et du Maroc, nous cherchons à créer des circuits de diffusion croisés entre la Côte d'Ivoire, l'Afrique de l'Ouest, le Maghreb et l'Amérique latine. L'objectif est de développer des coproductions artistiques et des collaborations durables. Ces échanges permettent de partager des modèles économiques et des politiques culturelles innovantes, puisque le Maroc est une référence sur le continent africain et le Brésil sur le continent américain. Le MASA devient en réalité un espace de diplomatie culturelle active pour la Côte d'Ivoire. Nous espérons pouvoir structurer de véritables réseaux intercontinentaux au service des ICC. C'est aussi une manière pour nous de repositionner les artistes africains dans une dynamique globale — non seulement tournée vers l'Afrique, mais aussi ouverte sur le monde entier. »
M.T : Avec l'évolution rapide des technologies et de l'intelligence artificielle, on voit la création artistique se transformer. Quelle place accordez-vous à l'innovation numérique dans la programmation de cette année, et comment le MASA accompagne-t-il les artistes face à ces nouveaux outils ?
A.K : « Il est clair qu'il est difficile aujourd'hui de parler du secteur culturel sans s'intéresser aux mutations induites par le numérique. Le numérique est désormais un levier incontournable, tant pour la création que pour la diffusion. Le MASA 2026 intègre cette dimension à travers ce que nous appelons le « Village de l'innovation », qui sera un espace entièrement dédié à cette thématique et mettra en avant les nouvelles technologies. Dans ce village, nous aborderons plusieurs thématiques, parmi lesquelles l'intelligence artificielle dans la création, la diffusion digitale des œuvres et surtout les nouveaux modèles économiques liés aux plateformes, qui bouleversent notre secteur.
Au-delà des échanges, nous organiserons également des master classes et des ateliers qui permettront à nos artistes, créateurs et entrepreneurs de se former à ces outils. L'objectif est double : démystifier l'IA — car beaucoup de choses se disent à son sujet — et permettre aux artistes de se l'approprier comme outil de création et de développement de carrière. Nous encourageons une approche où la technologie demeure au service de la créativité humaine. Le MASA veut préparer les artistes ivoiriens et africains à être compétitifs dans un écosystème global et digitalisé. Il est donc extrêmement important que nous nous appropriions cette thématique pour 2026, car l'avenir se jouera aussi à ce niveau-là. »
M.T : Que souhaiteriez-vous que les festivaliers et les acheteurs internationaux retiennent de l'esprit d'Abidjan à la clôture de cette édition ?
A.K : « D'abord, reconnaître que les pouvoirs publics ivoiriens, notamment le ministère de la Culture et de la Francophonie, s'engagent très fortement pour que la Côte d'Ivoire accueille dans les meilleures conditions les artistes et nos amis étrangers qui se déplaceront chez nous. C'est une volonté publique et politique extrêmement forte et assumée. Il y a aussi cette volonté de contribuer au développement des territoires, notamment le district d'Abidjan, à travers cette édition et les précédentes.
Nous souhaitons que les participants repartent avec l'image d'une Côte d'Ivoire et d'une Afrique créatives, dynamiques et structurées. Il est également essentiel pour nous qu’Abidjan continue d’apparaître comme la capitale culturelle majeure du continent africain. C’est une édition particulièrement inclusive qui passera dans plusieurs communes et permettra à tous les Ivoiriens, de toutes conditions sociales, de participer. Le MASA va ainsi œuvrer pour l’inclusion et pour faire d’Abidjan un espace déterminant pour le continent africain.
Nous voulons que les acheteurs internationaux découvrent des artistes talentueux, mais aussi prêts à travailler selon des standards professionnels élevés — raison pour laquelle nous restons exigeants envers nos artistes. Quant aux festivaliers, notamment les Ivoiriens, nous espérons que ce sera une expérience de fierté, de partage et d'ouverture, permettant la création d’opportunités pour nos professionnels et nos artistes. En somme, nous souhaitons laisser l’image d’un MASA qui est à la fois un événement artistique majeur pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique, et un outil stratégique de développement économique et d’intégration africaine, comme le reflète très clairement la thématique 2026 : « Arts du spectacle en Afrique, outil d’intégration économique et sociale ». »
Interview réalisée
Par Mory TOURÉ pour SITANEWS
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