PHOTO. Alliance Française de Strasbourg
04 February, 2026

« Humanité et mémoire collective – Exposition et performance de Justin Ebanda à l’Alliance Française de Strasbourg

 

Lors du vernissage des Semaines camerounaises programmées du 15 janvier au 6 mars 2026 à l’Alliance Française de Strasbourg, un public nombreux est venu assister à l’exposition et à la performance de Justin Ebanda, artiste plasticien. Né en 1982 à Olama (Cameroun), Justin Ebanda vit et travaille entre Yaoundé, Douala et Paris. Formé à l’Institut des Beaux-Arts de Douala et à l’École Nationale Supérieure des Arts de Paris-Cergy, il développe une œuvre profondément ancrée dans les questions de mémoire collective, d’histoire et de transmission.

 

Reportage de Rita STIRN

Pour SITANEWS à Strasbourg, France

 

L’évènement a lieu dans la grande salle de l’Alliance Française avec en toile de fond une exposition de photos d’archives, en petit format, de l’histoire coloniale du Cameroun, notamment des bâtiments emblématiques de la colonisation allemande qui s’est achevée en 1916, et des édifices datant de la colonisation britannique et française. Des panneaux et des écrans vidéos mettent à l’honneur les textes poétiques créés par Justin Ebanda, ils accompagnent le parcours des visiteurs tout au long de la soirée :

 

Ici je suis né

A l’aube déchirée d’un monde qui se défaisait,

A l’heure où les interdits coulaient comme une ombre sur les corps

Au milieu d’une ignorance lourde

Sur une terre saturée d’âmes dispersées,

Là où l’innocence des enfants s’effilochait comme un tissu trop usé,

Là où des hommes, jadis éclats de lumière,

Furent relégués à la poussière du récit.

 

Justin Ebanda interroge l’amnésie historique symbolisée par l’exposition d’un grand livre aux pages blanches vides. Il évoque le poids des silences : « Je convoque ce qui n’a pas été écrit, les noms restés hors des pages ». Il propose une relecture sensible de la part de l’autre qui est ce qui manque quand l’histoire se raconte sans ceux qu’elle a brisés.  Selon lui, l’art devient un espace d’interrogation, de réflexion, de dialogue et de guérison.

 

C’est dans cet esprit qu’il réalise sa performance scénique en solo et en silence. Il apparait dénudé pour mettre en évidence le processus d’interrogation sur la notion de vérité, une vérité toute nue. « On naît nu, on meurt nu » dit Justin Ebanda, l’idée est de se regarder soi-même comme face à un miroir, pour découvrir la véracité des choses.

 

Le visage, le torse et les jambes recouverts de poudre blanche faisant penser à des cendres, sont une transposition du rituel de la culture Beti Ewondo, sa culture d’origine, dans laquelle le blanc est la couleur de la transition, celle du passage vers l’au-delà, du réel au spirituel. Ce rituel s’inscrit dans un processus où les ancêtres sont conviés, car ils peuvent être utiles à la guérison des vivants.

 

Un autre symbole apparait dans la performance, à savoir les gros boulets de tissu qu’il traine à chaque pied. Ces boulets représentent la charge de l’histoire, la charge mémorielle que chacun doit porter. Après les avoir traînés, Justin Ebanda ouvre les deux boulets et en retire toutes sortes de vêtements qu’il parsème à travers la salle.

 

« Ces vêtements, dit-il, servent à identifier les humains. Ils font partie également du rituel de passage dans l’au-delà. Ainsi, les boulets représentent la mémoire de milliers de morts des guerres, l’histoire des guerres coloniales enfouies dans l’oubli. Mais ils interrogent également sur les guerres actuelles au Moyen Orient, en Ukraine et ailleurs : « Qu’est-ce que les humains ont demandé pour se faire tuer ?

 

Il s’agit d’une démarche de réactivation de pratiques culturelles effacées pour interroger la mémoire collective dans un rituel de purification et de guérison, explique l’artiste. Ce fut une expérience marquante pour le public qui découvrait les mots et les maux de la mémoire collective camerounaise. Instantanément, il y eut des échanges avec l’artiste dès la fin de la performance.

 

La rencontre avec Strasbourg a eu lieu sur une invitation de la Ville en partenariat avec le Cameroun. Justin Ebanda se réjouit de la reconnaissance et de la visibilité artistique proposée dans une ville qui est aussi un lieu de mémoire. Cette première exposition à L’Alliance Française permet de déplacer le regard dans un espace européen en offrant un espace de dialogue culturel et une confrontation critique de la mémoire collective camerounaise. « Nommer ce n’est pas remuer le passé, c’est empêcher l’oubli » nous dit Justin Ebanda.

 

D’autres manifestations s’inscrivent dans les Semaines camerounaises : un spectacle de contes, avec le comédien et musicien, Emmanuel Tina Asseng, une rencontre littéraire avec Samy Manga poète et militant écologiste.

 

L’Alliance Française a intitulé sa programmation de 2026 La part de l’Autre pour mettre en lumière la richesse des cultures de ceux qui partagent la langue française.

 

 

Liens utiles :

www.afstrasbourg.eu

Facebook Alliance française Europe

Photo Maison de palabres à Douala,1896.

Video vernissage Justin Ebanda

Vidéo du buffet de spécialités camerounaises

 

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