Au port de Boulbinet, le soleil ne se couche pas, et même pendant le ramadan, c’est l’effervescence. L’ambiance est chargée : des pêcheurs tricotent leurs filets, des pirogues attendent sur les berges du débarcadère, et une foule diversifiée de commerçants, chauffeurs de taxi, acheteurs, mareyeuses et fumeuses s’affaire.

Au débarcadère de Boulbinet à Conakry, le soleil ne se couche jamais/Crédit photo SITANEWS, Guinée
Dans ce débarcadère situé dans la commune de Kaloum, ce qui attire le visiteur, c’est l’odeur marine et le poisson frais. Sur les pirogues, plusieurs drapeaux flottent — ceux de la Guinée, de la Sierra Leone, du Sénégal, de la Gambie, de la France et même de la Turquie.
Sur le quai, les mareyeuses comptent les poissons. Celles qui attendent leur pirogue ont les yeux rivés vers l’océan. Au port de Boulbinet, on trouve presque toutes les espèces halieutiques. Nous nous sommes particulièrement intéressés à l’espèce Konkoé.
Ousmane Baba Camara pêche exclusivement cette espèce dans les eaux situées entre Kamsar et la Guinée-Bissau. « Je ne pêche que ce poisson, depuis les eaux lointaines de Kamsar et de la Guinée-Bissau. C’est une espèce très prisée : les mareyeuses et les consommateurs en raffolent. Cependant, nous rencontrons de sérieux problèmes en mer en tant que pêcheurs artisanaux », déclare-t-il.

Le Konkoé, ce poisson qui fait vivre des familles entières
Les bateaux industriels empêchent les pêcheurs de travailler et font fuir les poissons, ajoute-t-il, avant de conclure par un appel aux autorités : « L’État doit veiller à ce que les bateaux soient positionnés un peu plus loin. »
Nous quittons le quai pour le hangar de prétraitement des poissons. Ici, nous rencontrons Adama Sacko, fonctionnaire au ministère des Pêches, qui évoque les statistiques des espèces de poissons qu’ils reçoivent. Le Konkoé occupe la tête de liste.
« Nous recevons beaucoup d’espèces, mais c’est le Konkoé qui arrive en tête », affirme Sacko. Il confirme que le Konkoé n’est pas périodique comme les autres poissons : « Il est là tout le temps. »
Nous poursuivons notre balade vers le hangar de fumage. À l’intérieur, la température est élevée et la fumée empêche les non-habitués d’ouvrir les yeux. Plusieurs femmes s’activent autour de leur banda (four). Sur les grillages de fumage : uniquement du Konkoé.
Nbemba Adama Soumah a hérité de cette activité. « Je ne connais que ce travail : acheter le Konkoé auprès des pêcheurs, le fumer après dépècement, puis le vendre aux clients. Et cela depuis des générations », explique-t-elle.
Mariame Camara, une autre femme rencontrée dans ce hangar, détaille la technique de fumage du Konkoé, qui, selon elle, repose sur la maîtrise de la chaleur. « Après le dépècement et le nettoyage, nous plaçons le poisson sur les grillages, puis nous le retournons sur les côtés pour que l’intérieur cuise bien et devienne huileux. »
Tous les acteurs de la chaîne de pêche du Konkoé rencontrés à Boulbinet ont exprimé le souhait de promouvoir leur activité. Le Festival du Konkoé, organisé par la structure Culture et Fierté guinéenne et prévu du 24 au 26 avril prochain à la Bluezone de Dixinn, constitue ainsi un espace privilégié de vente, de partage et de valorisation du savoir-faire local guinéen dans la pêche artisanale.
Reportage signé Ismaël Nabé
Notre correspondant à Conakry, Guinée
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