Exclusif ! Qui l’aurait imaginé ? Les œuvres de feu Kouyaté Sory Kandia sont « illégalement » exploitées. Les maisons de disques étrangères s’enrichissent à foison sur la dépouille de l’icône. Après l’affaire Momo Wandel Soumah que nous avons explosée récemment sur fond d’enquête, Sory Kandia Kouyaté est aussi victime de la haute magouille au niveau de l’industrie musicale internationale. Sa famille, ses proches, son pays, personne n’a le contrôle de la circulation illicite de ses œuvres.

Sitanews© vous fait découvrir cette grosse « mafia » autour du détournement de fonds appartenant à la légende Kouyaté Sory Kandia, artiste chanteur – conteur – musicien et compositeur guinéen, décédé le 25 décembre 1977.

Par ©Sita CAMARA


Auteur du Disque d’or (Grand Prix de l’Académie Charles Cros en 1970), Kouyaté Sory Kandia était l’une des figures majeures de la musique authentique africaine de Guinée. Son timbre vocal était unique et exceptionnel. Sa voix de baryton a bercé les cœurs avant et pendant l’indépendance en Guinée. Il était la figure de proue de la musique guinéenne sous la révolution avant Myriam Makeba.

Mais à qui profite des droits d’auteur et l’argent lié à la vente de multiples œuvres majeures qui ont jalonné la belle carrière de feu Sory Kandia Kouyaté ?

Cette question nous a emmené à braver le froid parisien pour aller rencontrer Kabinet Kouyaté connu sous le nom de « Kaabi » (un des héritiers et sosie vocal de Sory Kandia), à Épinay – Villetaneuse, dans le 93e arrondissement de la commune de Seine Saint Denis (Paris).

« Quand vous prenez les œuvres des Éditions Syliphone, une maison qui a été créée par Sékou Touré, rien n’a été fait pour les déclarer ou les protéger. Aujourd’hui, beaucoup d’artistes ne vivent plus et leurs œuvres sont exploitées de manière anormale. Comment peut-on signer une licence avec des labels étrangers à la place d’un artiste ? C’est inadmissible ! » Déplore d’emblée Kaabi Kouyaté. Mais que veut-il dire au juste ? L’héritier de Sory Kandia nous explique en profondeur.

« A un moment, il y a mon grand-frère Macka, (paix à son âme) qui avait voulu dénoncer cette situation, mais j’ai dit non. Nos aînés, les grands-frères qui sont là comme Docteur Papa, Abdoulaye (des héritiers de Kouyaté Sory Kandia, ndlr), sont mieux placés pour revendiquer et suivre les droits d’auteur de notre défunt père. Mais parfois, quand j’arrive en Guinée, je dis à mon frère de passer au BGDA prendre l’argent du Vieux que l’État donne même si le montant est insignifiant. »

Mais sur le plan international, la réalité est tout autre. Selon notre interlocuteur, c’est d’autres personnes qui touchent les droits d’auteur de Kouyaté Sory Kandia.

« Les droits d’auteur de notre père meurent quelque part et c’est d’autres personnes qui les touchent. En 2020, quand je suis allé en Guinée, j’ai demandé à mon grand-frère : comment évolue le dossier de notre Papa à la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique, ndlr) et la situation des CD qui ont été dupliqués. Il m’a dit qu’il n’en sait rien depuis le décès de notre père. Il m’a dit qu’on ne lui a jamais fait signer ni un contrat, ni une licence. Mais, au nom de la famille, il m’a fait une attestation, la photocopie de son passeport et sa carte d’identité pour les administrer à la SACEM en France. Dès que je suis arrivé en Europe, je suis allé à la SACEM. A ma grande surprise, j’ai trouvé que le nom de notre père n’existait même pas. Donc, il a fallu que j’y écrive son nom en 2020. Je n’ai pas compris cela. Pourtant, les œuvres de notre père Sory Kandia ont été dupliquées ici en France par les maisons de disques dont Syllart Records avec Diapy Diawara. Mais quand ce dernier est tombé malade, il a donné le contrat à la maison Africa Show Music dans la magouille. » Révèle-t-il.

Mais qui a signé la licence d’exploitation des œuvres de Sory Kandia à sa place ? Une question taraudante qui pousse la famille de l’icône à serrer l’étau : « Moi, qu’est-ce que j’ai fait ? Comme j’ai mené mes propres enquêtes à la SACEM et que j’ai trouvé que le nom de notre Papa n’existait pas, depuis lors, je me suis mis sur la piste avec la bénédiction de la famille. Cela, pour savoir à qui profite l’argent du Vieux. Arrivé à Toronto, j’ai supplié ma maison de production pour m’aider à régler cette affaire. Car, eux, ils connaissent les rouages, ce sont des Américains. D’abord, ils m’ont proposé de bloquer tous les réseaux de distribution des œuvres de notre père. Cela nous a permis de connaître tous ceux qui sont derrière cette magouille. Quand nous avons tout bloqué, tout de suite, les maisons Syllart Records et Africa Show Music se sont manifestées (…). »

Que s’était-il passé après le démantèlement de ce réseau ? Le frère de Sékouba Kandia nous explique la scène : « La maison Syllart Records m’a fait savoir qu’elle a un contrat dûment signé avec le ministère de la Culture en Guinée. Je lui ai demandé avec qui exactement. Elle a refusé de me dire le nom de son complice. C’est ainsi que je lui ai demandé de me faire parvenir alors le contrat d’exploitation. Mais elle a toujours refusé. Africa Show Music m’a envoyé aussi un message pour dire que je suis en train de faire du chantage à son égard. Mais, que d’essayer de le débloquer et qu’il va me donner l’argent dont il dispose pour Sory Kandia. Je lui ai dit qu’il tente de me corrompre et que je ne me laisserai pas faire. Je lui ai demandé de tout supprimer maintenant et de partir sur de nouvelles bases avec la famille. Et d’autres maisons de disques qui seraient intéressées vont devoir signer un nouveau contrat et une nouvelle licence avec la famille de Sory Kandia. Mais après, Africa Show Music a fait silence radio. Par la suite, il a contacté ses complices en Guinée car, il m’a parlé d’un certain Commandant Mara. Il travaille avec ce dernier qui s’occupe de l’antipiratage. Je lui ai dit que quiconque s’amuse désormais avec les œuvres de notre père, nous allons le trimbaler en justice. Le Monsieur m’a dit que je suis en train de lui faire du chantage mais qu’il sait où se trouve l’argent de mon père. J’ai tous ces messages ici. »

Kaabi Kouyaté a-t-il mené des démarches auprès du ministère de la Culture en Guinée ? Notre interlocuteur répond par l’affirmative. Puis, nous explique : « Je suis allé en Guinée pour rencontrer Sona Konaté qui était ministre de la Culture à l’époque. J’ai exposé le problème à la ministre. Du coup, elle s’est énervée. Elle était surprise d’entendre que c’est quelqu’un d’autre qui a signé la licence à la place de la famille de Sory Kandia. J’ai apprécié sa réaction. Du coup, elle appelle le directeur général du BGDA (Bureau Guinéen du Droit d’Auteur, ndlr), M. Abass Bangoura. Elle a confié le dossier à ce dernier pour savoir celui qui a signé la licence de Sory Kandia Kouyaté pour que les œuvres de cette icône soient exploitées illégalement par les étrangers. Ensuite, j’ai travaillé avec Abass et il a apprécié mes démarches. Également, j’ai demandé à la ministre de me faire une attestation de fin contrat avec Syllart Records et Africa Show Music. Je vous signale que ce contrat est arrivé à terme depuis 2020. »

Que comptent faire les héritiers ? Quelle sera la suite ? La famille Kouyaté n’espère plus lâcher prise. Elle entend aller jusqu’au bout afin de se voir être rétablie dans ses droits.

« Franchement, le travail avec la Commission juridique du BGDA a pris du temps, mais on a bien travaillé. Puisque j’ai désormais à ma disposition, la fausse licence qui a été signée illégalement. Je dois aller bientôt en Guinée pour porter plainte contre X (le complice de Syllart et Africa Show en Guinée) », confie Kaabi Kouyaté.

Sitanews©

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