Le 18 mars 2021, l’UNESCO a réuni 12 Directrices et Directeurs de musées du monde entier pour le débat en ligne, « Réflexions sur le futur des musées ». L’objectif était de mieux comprendre les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les institutions muséales, mais aussi de discuter de l’avenir des musées.

Les participants ont tous commenté le lourd tribut payé par les institutions muséales lors de la pandémie : diminution drastique de la fréquentation, effondrement des budgets, ajournement d’inauguration, suppression de personnel…
En effet, fermés depuis 1 an maintenant, les musées souffrent de lourdes conséquences à la fois sur les plans financier, humain, matériel et sécuritaire. Selon les données du Conseil international des musées (ICOM), 30% des musées dans le monde sont confrontés à une réduction de leurs effectifs et 6% à une fermeture définitive.
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Tristram Hunt, Directeur du Victoria & Albert Museum (Royaume Uni), dont le budget total est financé à hauteur de 50% par l’Etat, a déploré pour l’année 2020 «10 millions de Livres Sterling de déficit structurel… et à une situation difficile où il doit procéder à des licenciements, des coupes et des restructurations. »
Les musées qui ont rouvert leurs portes ont mis en place des protocoles exigeant des visites en nombre réduit ou des adaptations spécifiques au contexte sanitaire (caméras thermiques, systèmes de ventilation…). Seul point positif de la période de confinement : les fermetures ont permis à certains musées d’entreprendre ou d’accélérer des chantiers de maintenance ou de restauration qui n’auraient pas été possibles en période d’ouverture au public.
La fermeture des musées a entraîné la rupture d’un lien social, propulsant la question numérique en première ligne. Malgré les défis, de nombreuses collections ont pu être accessibles en ligne, ce qui a permis aux musées de rester en contact avec leurs communautés et d’atteindre de nouveaux publics. Cependant, l’offre numérique apparaît à ce jour encore comme un support de communication qui réplique l’expérience in situ sans aller plus loin, comme le développement des activités de recherche, de formation, d’éducation ou encore d’inventorisation par le numérique.
Cet axe de développement paraît pourtant particulièrement essentiel, tout comme la lutte contre la fracture numérique. Selon le rapport de l’UNESCO sur les musées dans le monde, en 2020, seulement 5% des musées en Afrique et dans les petits États insulaires en développement ont été présents en ligne. Bien que les musées soient conscients de l’opportunité que représente le développement numérique, ils alertent sur ses limites et sur le fait que l’objectif premier doit rester la visite (physique) des musées.
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Le mandat éducatif des musées a été mis en avant pendant le débat, certains musées ayant proposé la mise à disposition de matériel pédagogique en ligne pour les écoles, enseignants et parents d’élèves pendant la pandémie. Cet effort de solidarité envers le monde éducatif et envers les citoyens s’est également manifesté au niveau des institutions muséales, puisque beaucoup d’entre elles ont compris la nécessité de renforcer les liens et d’envisager collectivement des solutions « Les musées doivent créer des ponts » a dit Mikhaïl Piotrovsky, Directeur du Musée de l’Ermitage (Russie).
Le lien avec les communautés a été au cœur des discussions. Les musées ont un rôle civique à jouer et doivent, pour cela, être davantage à l’écoute et dans une démarche de partenariat. La question sur leur fondement et leur légitimité devient dès lors essentielle.
Deborah Mack, Directrice du Musée national d’art africain (USA), a mis en exergue l’existence d’une « double pandémie aux Etats-Unis », due à la crise du COVID-19 et à l’accroissement du racisme dans le pays. En expliquant que les musées ne sont pas séparés du monde, et qu’ il n’y a pas de musée sans son environnement, elle a souligné que « nous devons savoir qui nous servons et pourquoi nous existons. » L’accent a également été mis sur la médiation et le rôle du dialogue.
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Les musées doivent être des lieux de mémoire et d’échanges de culture où l’on apprend sur soi autant que sur les autres cultures. Hamady Bocoum, Directeur du Musée des civilisations noires (Sénégal) a souligné « La COVID-19 a réussi quelque chose d’incroyable, créer la notion de distanciation sociale. Elle a fragmenté nos sociétés, et dans le processus de guérison nous devons défragmenter nos sociétés, et créer une nouvelle humanité. »
Début avril, l’UNESCO publiera la version actualisée du rapport « Les musées dans le monde face à la pandémie de COVID-19» qui évaluera, quinze mois après les débuts de l’épidémie, la situation des musées face à la crise, en s’appuyant sur une enquête auprès des Etats membres de l’UNESCO.
Voir la Recommandation de 2015 de l’UNESCO concernant la protection et la promotion des musées et des collections est disponible : ici

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