Kouyaté Sory Kandia
29 November, 2025

Patrimoine musical : gros scandale financier et fuite de données — Cette nouvelle va « ch0quer » toute la Guinée

 

Le patrimoine musical guinéen victime d’une double escroquerie ? Fuite de données et capital « volé » ? Des groupes légendaires comme Bembeya Jazz National et Balla et ses Baladins,.... des artistes iconiques comme Kouyaté Sory Kandia, Fodé Conté, et tant d’autres, connaissent une large diffusion sur des plateformes de streaming mondiales. Cette exposition pouvait être une chance pour valoriser culturellement et financièrement cette richesse. Hélas, la réalité est tout autre. 

 

Le principal problème ? Une double fuite : fuite de données et fuite de capitaux. Les enregistrements emblématiques, notamment ceux de l’ère Syliphone, sont exploités presque exclusivement par des labels étrangers. Ceux-ci gèrent seuls les contrats numériques et encaissent les revenus générés. Résultat : les ayants droits guinéens sont peu ou mal identifiés. Beaucoup d’artistes, leurs héritiers et même l’État ne perçoivent que des miettes ou que dalle.  

 

Le cadre légal actuel est obsolète. Les contrats en vigueur s’il y en a, datent de l’époque du disque vinyle. Ils n’ont pas été adaptés au modèle du streaming. Les taux de royalties sont donc très faibles, bien en dessous des normes internationales. À cela s’ajoute la faiblesse des sociétés de gestion collective guinéennes particulièrement le BGDA (Bureau guinéen du droit d’auteur). Ces structures manquent de ressources, de compétences et de pouvoir de renégociation face aux acteurs étrangers.  

 

Pire encore, la maîtrise des métadonnées – les informations cruciales sur les œuvres, les ayants droit, les codes ISRC, et les données d’écoute – est entièrement aux mains des plateformes étrangères. Cette gestion opaque empêche la Guinée de contrôler les flux financiers. Elle prive aussi les artistes et l’État de leurs droits légitimes.  

 

Les redevances ne sont pas distribuées à cause de l’absence d’une identification claire des bénéficiaires. 

Il est illusoire de blâmer seulement les plateformes de streaming. Le problème est plus profond. Il faut une réforme globale pour protéger ce patrimoine précieux.  

 

SITANEWS vous propose quelques pistes d’action concrètes : 

 

Cartographier en urgence tout le patrimoine musical enregistré en Guinée. Identifier les orchestres, solistes et ensembles régionaux. Sécuriser juridiquement les droits liés aux enregistrements et leur reproduction numérique.  

 

Renforcer ou créer une société de gestion collective forte en Guinée ou au niveau sous-régional. Cette entité devra maîtriser la documentation des œuvres, (re)négocier les licences numériques et garantir le recouvrement des redevances à l’étranger.  

 

Lancer des audits ciblés sur les contrats sensibles. S’inspirer des « heritage artists » d’autres continents qui ont réussi à obtenir des revalorisations des taux de royalties adaptées au streaming.  

 

Exiger une transparence totale des plateformes et des labels concernant les catalogues guinéens. Chaque écoute par exemple, de Bembeya Jazz National, Keletigui et ses Tambourinis, Sory Kandia Kouyaté ou d’autres grands noms, doit contribuer financièrement aux artistes ou à leurs héritiers et au financement de politiques culturelles en Guinée.  

 

Si scandale il y a, il réside moins dans le streaming que dans l’asymétrie d’information et le déséquilibre contractuel. Un patrimoine musical d’une portée mondiale se retrouve réduit à une source de revenus bien en deçà de sa valeur réelle, au mépris des acteurs guinéens eux-mêmes. La Guinée doit ouvrir les yeux, agir vite pour reprendre le contrôle de son héritage sonore.

 

Par Sita

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