Elie Kamano
10 May, 2026

PARIS - Concert d'Élie Kamano au New Morning (compte rendu)

 

Une soirée « feel good » dans le temple parisien du jazz — et du reggae ! Il y a des concerts qui se regardent, et d'autres qui se vivent au trognon. Celui d'Élie Kamano, samedi soir, au New Morning, appartient résolument à la seconde catégorie. Il s'agissait de la célébration de ses 29 ans de carrière artistique : une aventure jalonnée de somptueux albums cousus de chansons conscious qui ont chatouillé dans le temps, les oreilles de Conakry.

 

Qui connaît bien cet artiste dira aussi que sa carrière est parsemée d'embûches, du fait de son engagement politico-citoyen. Un choix qui le conduit parfois en prison. Mais l'homme, à la nuque raide, n'a jamais voulu se défaire des duels politiques. Choix assumé : jamais le petit-fils de « Malaya » n'a dissocié sa musique de sa lutte.

 

Le chanteur guinéen Élie Kamano, auteur-compositeur-interprète dont la réputation a grandi avec le temps, a donné au New Morning un concert entièrement live.

 

Le New Morning, cette salle du 10ᵉ arrondissement qui a vu passer des grands noms commes Miles Davis, Nina Simone ou Salif Keïta, possède une qualité : elle met l'artiste à portée d'humanité. Pas de fosse abyssale, pas d'écrans géants — juste une scène basse, des lumières chaudes et un public debout, mais prêt à recevoir dans conditions pros. Ce soir-là, la salle n'affichait pas complet, c'est vrai… mais Élie est allé jusqu'au bout.

 

Huit (8) musiciens montent la garde pour le « Général » sans galon

 

Pour son premier New Morning, il n'a pas voulu bricoler. Élie Kamano est monté sur scène sans fioritures. Un big bandsolide l'a accompagné de bout en bout dans un live groové. Au total, huit (8) musiciens jouaient derrière lui, ainsi que deux choristes — un homme et une femme à la voix polymorphe.

 

Un batteur, deux clavistes, deux trompettistes, trois guitaristes aux rôles différents. Fausses notes ? Il n'en fut pas question. Plusieurs jours de répét avaient suffi à éviter tout brouhaha sonore.

 

 

Élie Kamano, au regard serein, ouvre le concert avec le titre « Diallo », une reprise de Wyclef Jean — chanson qui rend hommage à un homme abattu le 4 février 1999, en bas de son immeuble, par quatre policiers de la Street Crime Unit de la police américaine.

 

Dans l'osmose, Élie poursuit. Il enchaîne avec « Africa », l'un de ses singles, sorti il y a deux ans, qui interroge l'Afrique sur sa souveraineté et sa résilience face à l'impérialisme.

 

Entre chaque morceau, Élie Kamano ménage un interlude. L'artiste est passé en revue toutes les chansons qui lui tiennent à cœur et qui traduisent littéralement son engagement depuis des années. Des titres plus soft ont suivi, comme « Parole de fou », avant de basculer progressivement vers des tempos plus nerveux et plus urgents. 

 

Élie Kamano rend hommage à Prophet-Gee

 

L'image parle d'elle-même. Prophet-Gee, figure iconique du rap guinéen, s'est vu honoré par Élie Kamano : « Qui peut parler de mes 29 ans sans parler de Prophet-Gee ? Sans parler de Kill Point ? Sans Rap Koulé ? Nous sommes tous passés par l'école de Prophet-Gee », a-t-il lancé à la salle.

 

 

Au cours de ce concert, Élie Kamano a aussi chanté sa douleur — et celle des autres. Car derrière l'artiste au poing levé, il y a un homme qui se plaint. Depuis plusieurs mois, il affirme être sans nouvelles de ses enfants et d'autres membres de sa famille, restés en Guinée. Une situation qu'il impute directement à son engagement politico-citoyen. Ce soir-là, il a profité de cette tribune pour faire passer un message, la voix légèrement voilée : « Ces enfants ne voulaient qu'être protégés. »

 

Puis, dans un souffle qui en disait long sur le prix qu'il paie chaque jour pour ses convictions, il a ajouté : « J'aime mes enfants, mais la Guinée passe avant tout. » Une phrase courte. Presque sèche. Mais qui a traversé la salle comme une lame. Dans le public, quelques visages se sont fermés, d'autres ont hoché la tête — le genre de silence qui signifie qu'on compatit.

 

En exil depuis plusieurs années, Élie Kamano ne compte pas baisser les bras. Ni rentrer la tête dans les épaules. Contraint de vivre loin des siens, il a fait de la scène de New Morning, un de ses territoires libres — là où il chante debout.

 

29 ans de carrière. Élie Kamano n'a pas fini de chanter. Du rap, de la soul au reggae, il caresse plusieurs projets dans son tiroir, dont la sortie de son prochain album, Wakanda Légende.

 

Par Sita 

SITANEWS, France

 

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