Erratum. Du pain sur la planche pour la nouvelle Ministre guinéenne de la Culture et du Patrimoine Historique, Sona Konaté. Elle devra faire face à de gros chantiers. Ses week-ends et congés ne devraient en tout cas, pas être de tout repos. Elle a beaucoup à faire. (Article signé Sita CAMARA)
L’ex-directrice générale de l’Agence guinéenne de promotion des exportations (Aguipex) a été installée dans ses nouvelles fonctions en février. La dame Sona Konaté hérite d’un ministère en difficulté. Sera-t-elle en mesure de répondre aux aspirations de la grande famille culturelle guinéenne ? A quoi vont-ils ressembler ses six 6) premiers mois à ce poste ? Des questions restent posées.
La Ministre Sona Konaté devra s’attaquer à une multitude de dossiers notamment la question des infrastructures culturelles – l’accès au financement de projets – le paiement correct des droits d’auteur – l’inventaire et la protection du patrimoine historique et culturel. Ces différents points ont été les maillons faibles des ministres qui se sont succédés à la tête du département de la culture et du patrimoine historique en Guinée. Alors, peut-on fonder un nouvel espoir sur Sona Konaté ? Pas connue dans le monde de la culture, mais elle peut se prévaloir d’un parcours bien garni dans les spirales de l’administration publique guinéenne.
Infrastructures
Depuis des décennies, la Guinée souffre d’un manque criard d’infrastructures culturelles de base : pas d’espaces de création, de production et de diffusion digne de ce nom. La Guinée est aujourd’hui, l’un des rares pays ne disposant pas d’un Palais de la Culture. La seule salle peu appropriée est bien le Palais du Peuple de Conakry. Cet édifice construit sous l’ère de la révolution se trouve dans un état attristant. Les murs lézardés et les installations assez vétustes au vu et au su de tous.
Tout porte à croire que le secteur de la culture en Guinée a néanmoins connu des années fastes avec le régime Ahmed Sékou Touré. Mais l’arrivée du libéralisme a tout chamboulé : les salles de cinéma bradées par les cadres « véreux » de l’administration publique. Les Permanences (Maisons des jeunes) accueillant les théâtres nationaux et orchestres fédéraux sont maintenant transformées en centres commerciaux. La salle de Cinéma Liberté, l’une des plus célèbres du pays située au vestibule de la commune de Kaloum à Conakry, n’est plus dans le portefeuille de l’État. Aussi, les salles comme le Realto, Rex, M’balia, Vox, Rogbanè, le Triomphe, le Palace, Mimo, Lilian sont devenues des centres d’affaires. Triste réalité !
Établir une véritable politique d’investissement dans les infrastructures va-t-il figurer parmi les priorités majeures de la nouvelle Ministre Sona Konaté ? La question reste entière !
Accès au financement de projets
Tous les projets culturels initiés par le ministère de la culture lui-même jouissent chaque année de la subvention de l’État, et cela, à coups de milliards de francs guinéens. Par exemple : Le Fenac (Festival des arts et de la culture), les Quinzaines Artistiques. Dans le privé, beaucoup de projets sont initiés, mais la plupart déchoient par faute de financement. A défaut du soutien financier de l’État, plusieurs options sont envisageables notamment : le Plan Marshall. Cela permet aux opérateurs culturels de bénéficier des prêts garantis par l’État auprès des banques ou institutions. C’est l’une des solutions efficaces et durables pour un véritable développement culturel dans un pays.
Le Fonds de développement des arts et de la culture (Fodac) est aussi une bonne initiative. Mais sauf que ce fonds est sans fonds. Dommage ! Pourtant créé depuis plusieurs années pour servir de béquille pour les grands projets culturels, le Fodac  peine toujours à obtenir sa première grosse subvention pour jouer pleinement son rôle – celui d’accompagner, conseiller et financer les projets culturels d’envergure. Nous en appelons l’attention de la nouvelle ministre.
Droits d’auteur, l’épineux sujet !
Périodiquement, l’État guinéen verse aux artistes plus de 3 Milliards de francs guinéens à titre des droits d’auteur. Mais une question taraude les esprits : celle de savoir si les opérateurs de téléphonie, les détenteurs de boites de nuit, des hôtels, des radios, des télés et d’autres gros consommateurs s’acquittent convenablement de leurs ? A cela s’ajoute la question de piratage, un phénomène fastidieux qui contribue à l’appauvrissement des artistes guinéens. Aussi, le dossier Assurance Maladie est à renforcer davantage. Nombreux artistes guinéens tombent malade et meurent misérablement. C’est triste ! Nous attirons l’attention de Madame la ministre sur toutes ces questions dont les meilleures conditions de travail et la vie des artistes en dépendent. Logiquement, chaque artiste doit vivre pleinement de ses œuvres. Mais en Guinée, la réalité est tout autre. Les artistes trainent au quotidien leur squelette de misère sans aucune issue.
Inventaire et protection juridique pour le patrimoine historique et culturel
La Guinée n’a jamais procédé de façon efficiente à l’inventaire général de son patrimoine historique et culturel. L’opération consiste à recenser, étudier et faire connaître les éléments du patrimoine présentant un intérêt culturel, historique ou scientifique pour le pays. Selon nos enquêtes, cette statistique n’existe pas. Là ministre doit prendre ce dossier très au sérieux.
Un autre point très intéressant : il s’agit du fameux projet de loi portant Protection du patrimoine historique et culturel dont nous avons toujours fait cas dans nos articles. Ce projet fut adopté par les députés en 2016. Ce fut une initiative de l’ex-ministre de la Culture, Siaka Barry. Le Président de la République était supposé promulguer cette loi. Sauf, que, jusqu’ici, ce projet si important dort encore dans les tiroirs de Sékhoutouréya (Palais présidentiel).
A quoi sert ce projet ?
Ce cadre légal et règlementaire dont il est question, est une forme de prévention et de protection contre les risques de vols, pillages, destructions et aux trafics illicites de la collection des œuvres d’arts et archéologiques se trouvant dans les musées du pays. Tenez ! Sans ce cadre juridique, la Guinée ne pourra pas bénéficier d’éventuelles coopérations et s’adjuger des avantages de la part des grandes institutions internationales telles que l’UNESCO (Organisation des Nations Unis pour l’Éducation, la Science et la Culture).
Selon nos enquêtes, cette loi à promulguer par le Chef de l’Etat, a été ratifiée depuis la Convention de l’UNESCO en 1972. Mais son application légale par les autorités guinéennes fait toujours défaut. Nous appelons l’attention de la nouvelle Ministre Sona Konaté sur ce dossier très capital pour développer et bien sauvegarder le riche patrimoine historique et culturel guinéen. 
La culture dans sa globalité est un fort levier économique au même titre que les autres secteurs. Mines, agriculture et le numérique notamment. Ce secteur si vaste et passionnant a besoin d’une attention toute particulière des décideurs et institutions. L’investissement et le lobbying doivent être de mise. La dame Sona va-t-elle jouer le jeu ? Attendons de voir !
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SITANEWS©
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